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Tome second.
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10 PROMENADE d’un PROVINCIAL A PARIS PENDANT LA TERREUR.

Capet. Il n’avait pas oublié, aussitôt arrivé, d’acheter, sous l'arcade de laCour des Fontaines, un Itinéraire d’occasion, mais dont, par malheur, il n’a-vait pas examiné le millésime. — Ce livre portait la date de 1786.

Muni de son Itinéraire , — il se dirigea vers une marchande de jouetsd’enfants, et lui adressa la parole : — Citoyenne (il savait qu'on ne disaitplus madame), voudriez-vous bien m’enseigner le chemin du Palais-Royalï

11 en était à deux pas.

La marchande le regarda avec surprise : — Dis donc, beau muscadin,est-ce que t’est-un aristocrate? parle mieux qu’ça. Tutoie.

Notre voyageur s’exécuta, recommença sa question, en mettant les tu à laplace des vous; — mais il répéta encore le mot Palais-Royal.

— Dis donc Palais-Egalité . — Tiens, là, en face.

Le jeune provincial se trouva dans le Palais-Egalité , où il se promenalong-temps, occupé à regarderies boutiques, qui s’y trouvaient déjà en assezgrand nombre. Il tombait de surprise en surprise ; tout objet l’étonnait, et luiarrachait des exclamations. Chez un bijoutier.il vit des tabatières en argentaux emblèmes républicains, des boucles d’oreilles de femme à la guillotine;des bagues en argent et en or à la Marat , aux martyrs de la liberté; des épin-gles de chemises au bonnet de la liberté, formées de pierres bleues, blancheset rouges; de riches boutons d'habits ciselés et dorés avec les portraits deMarat , deChalier, de Lepelletier de Saint-Fargeau , d’autres avec une guil-lotine ; enfin, un cachet de timbre en argent représentant également uneguillotine.

Il ne comprit pas bien pourquoi toutes ces choses étaient si vénérées.— Il ouvrit son vade-mecum, et voulut se renseigner lui-même sur la rue deRichelieu, qu’on lui avait assuré être fort belle.

Vous dire combien de temps il chercha — décidé qu’il était à ne rien de-mander aux passants,—nous semble chose inutile. 11 voulait connaître la ruede Richelieu, et n’apercevait sur le fatal écriteau que le mot rue de la Loi. Parbonheur, une ancienneinscription , au coin de celle Honoré, n’avait pas étébien effacée. 11 se promenait depuis une heure dans la rue qu’il cherchait, ets’expliqua, après mûre réflexion , que son Itinéraire n’était plus de circon-stance, qu’on l’avait dupé, et qu’il fallait bien vite en acheter un autre.

L’occasion ne se fit pas attendre. Il se trouva devant la boutique d'un li-braire ayant pour enseigne : A Notre-üame-de-la-Guilloline. Il eut commeun frisson à cette lecture, mais enfin, il entra, et demanda un itinéraire...l>our l'année 1794 — (appuyant sur le mot).

Le libraire était un tout jeune homme, aspirant à Y Ecole de Mais, à de-venir page de Robespierre . 11 s’avança vers le provincial, et lui dit, avec uncertain grognement significatif : Tu es un suspect, un fédéraliste impuni.

— Non pas, citoyen, je t’assure, fit l’acheteur, avec excellente conte-nance.