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A <lator de 93, l’agiotage a pris son rang dans la politique. Des députés s’ysont livrés et ont spéculé sur les fausses nouvelles. La terreur proprementdite l’a fait disparaître, mais le directoire a vu les valets de l’agio ressaisirleur sceptre politique et leur fortune scandaleuse. Ils se sont réunis, ils sesont prêté de mutuels secours , ils ont feint le patriotisme sincère, et ne sontpas, malheureusement, tombés avec la révolution , car Tortoni a succédé aucafé de Chartres , et les coulisses de notre temps valent bien les agioteurs del’an V.
Les assemblées primaires, ou, autrement dit, les collèges électoraux, sesont continués jusqu’à nos jours. A toutes les époques, il est à remarquer quel’on a réclamé un abaissement du cens ; que l’on a critiqué cette mesure descapacités d’un homme au moyen de sa fortune. Plus la propriété se morcèle,et plus le cens doit être abaissé, sinon les proportions n’existeraient plus, etnécessairement un temps viendrait où le nombre des électeurs diminueraitau lieu d’augmenter selon les progrès de la civilisation. Les assemblées pri-maires n’étaient pas tout à fait semblables aux convocations de nos collègesélectoraux actuels, mais la base de toutes deux est la même, et leurs diffé-rences ne tiennent qu’à des modifications nécessitées par l’expérience et parles besoins politiques du pays.
Le système de bascule, que tant d’hommes d’état révèrent aujourd’hui, apris naissance pendant la révolution. Il consiste à laisser triompher alternati-vement chaque parti, — mieux, à les tuer l’un par l’autre. Avec le système debascule, un gouvernement domine ou est dominé tour à tour par le parti qu’ilélève, selon qu’il a en soi de la faiblesse ou de la vigueur. Le directoire, souslequel il est né , a succombé sous ses atteintes, et Bonaparte a préféré, avecraison, dans son propre intérêt, qu’aucun parti autre que le sien ne put attra-per les plus minces bribes du pouvoir.
La presse, devenue, ainsi que la garde nationale, une des puissances del’état, a commencé à prendre un caractère sérieux sons la révolution seule-ment. Sa polémique a toujours été influente, irritante bien souvent, quelque-fois odieuse. Le nombre des citoyens sacrifiés pour ou par les journauxest énorme. Les journalistes exerçaient une inquisition sur tous les hommespolitiques, et aussi sur les hommes privés; ils mettaient leurs ennemis auban de l’opinion publique; ils médisaient, ils calomniaient, n’ayant qu’unbut, celui de se faire craindre. On a pu voir, dans les revues de chaque an-née , le nombre des journaux qui parurent dans le cours de la révolution ;beaucoup n’ont eu qu’une existence éphémère; mais, parmi ceux-là même,il en est qui ont fait grande sensation à leur début et au moment de leurruine. Quelques - uns ont su conserver une dignité indispensable pour quitraite des affaires aussi sérieuses que celles d’un état. D’autres, au contraire,se sont livrés à toutes les exagérations les plus cyniques, les plus ordurières.Les rédacteurs de ces journaux crurent prouver qu’ils avaient volontiers