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élégante simplicité et de bon goût ; l’effet en est également'solennel et inspire le recueillement. Le gardien du monu-jmcnt demeure dans un coin de l’édifice.
MONUMENT DU GÉNÉRAL DESAIX.
Ce monument a été élevé à la mémoire du brave géné-ral Desaix, tué en 1SOO, à la bataille de Marengo, où ildécida la victoire, quelque temps douteuse. Ce n'est iciqu’un buste placé sur une colonne de peu d'élévation : leguerrier eût mérité un plus digne souvenir.
La place Dauphine eût pu recevoir aussi une autre sortede monument : la justice des temps en demande encore unà la mémoire des nobles et infortunés chevaliers du Tem ple , que la rapacité du roi Philippe le Bel et la haine dupape Clément V pour leur ordre, firent brûler vifs en celieu même, après d'affreuses tortures, en l’an 1314. On serappelle à cette occasion les beaux vers de Raynouard :
Un immense bûcher, dressé pour leur supplice,
S élève eu échafaud, et chaque chevalierCroit mériter I houncur d'y monter le premier;
Mais le grand-maître arrive; ii monte, il les devance;
Son frout est rayonnant de gloire et d’espérance;
Il lève vers les cieux un regard assuré:il prie, et l'on croit voir un mortel inspiré.
D'une voix formidable aussitôt il s'écrie :
•< Nul de nous n’a trahi son Dieu ni sa patrie;
Français , souvenez-vous de uos derniers moments; 1
Nous sommes innocents, nous mourrons innocents,l/arrèt qui nous condamne est un arrêt injuste;
Mais il est dans le ciel un tribunal auguste .
Que le faible opprimé jamais n'implore en vain,
El j’ose t’y citer, ô pontife romain!
Encor quarante jours!... je t’y vois comparaître. •
Chacun en frémissant écoutait le grand-maître.
Mais quel étonnement, quel trouble, quel effroi,
Quand il dit: « O Philippe, 6 mon maître, ô mon roi,
Je te pardonne en vain, ta vie est condamnée;
Au tribunal de Dieu je t’attends dans l’anuée! •
Et la prophétie de Jacques de Molajr s'accomplit; Phi lippe le Bel et Clément V , bourreaux des Templiers , nesurvécurent pas longtemps à leurs victimes.