CHAPITRE ï
Sommaire :— La (lèche d’Abaris. — Le char volaut des Mille et un Jours. — Dédale et Icare. — Pégase .
— La colombe d'Archytas. — Simon de Samarie et saint Pierre. — Le Sarrasin de Constantinople .
— Gusman à Lisbonne . — Barthélemy Lourenço. — Le danseur de corde Allard. — Le marquisde Bacqueville. — Les ailes de Besnier, le serrurier de Sablé. — La voiture volante de l'abbéUesforges : trois cents lieues par jour. — Itoger Bacon. — Léonard de Vinci. — Le Monde dans laLune , roman anglais . — Swift. — Cyrano de Bergerac dans la lune et dans le soleil : cinq moyensde locomotion aérienne. — L’homme volaut de Rétif de La Bretonne . — L’appareil de M. de La Fo-lie. — Le vaisseau volant de Lana. — Le vaisseau monstre du P. Galien.
I
De tout temps, ces vastes plaines de l’air qui s’étendent au-dessus de nous, sortede coupole immense dont nous ne pouvons atteindre le faîte, ont tenté les efforts etl’ambition de l’homme ; de tout temps nous en avons rêvé la périlleuse conquête, etles siècles ont succédé aux siècles sans que le terrible problème fût résolu : il étaitréservé à la génération même qui précéda celle de 89 d’ouvrir à l’humanité la routedu ciel.
Jusque-là, l’homme impuissant s’était épuisé en vaines et stériles tentatives ;jusque-là surtout, renonçant à entrer de vive force en lutte avec la nature, il avaitsuppléé par l’effort de son esprit à sa faiblesse matérielle et avait demandé à sonimagination de lui dépeindre, comme en un songe, ces mondes inconnus qui l’atti-raient et repoussaient en même temps son étreinte.
Que de fables écrites sur le vide (I) depuis cet Abaris qui, à en croire Diodore deSicile, avait fait le tour de la terre monté sur une flèche d’or, présent d’Apollon ,jusqu’au personnage des Mille et un Jours qui ne voyageait qu’en char volant;depuis Dédale et Icare qui s’enfuient à tire-d’aile de la sombre prison où ils gé-missent, depuis Pégase (2), ce cheval aérien que la poésie classique s’est donné pour
(1) La mythologie aboude en fables de ce genre. Outre Abaris, Dédale et Icare dont nous allonsparler, Mercure et la plupart des dieux étaient ailés ; J upiter traversait les airs monté sur un aigle ; c’esteu pluie d'or qu'il descend vers Danaé ; Junon et presque toutes les déesses avaient des chars volants:celui de la reine des Dieux était traîné par des paons ; ceux des autres habitantes de l’Olympe par descolombes. Les héros d Homère descendent du ciel.
(2) Né du sang qui ruisselait de la tète de Méduse, Pégase, dompté par Persée , transporta son vain-queur de la plaine Lybique au jardin des Hespérides. Devenu plus tard la monture de Bellérophou, ilemporte son nouveau maître jusqu'en Syrie ; tout lier d'avoir tué la Chimère, le héros veut monter àl’Olympe et force son coursier à s’élever à tire-d'aile jusqu'à lu demeure des dieux, mais sa téméritéest punie et, pris de vertige, il jonche la terre de ses membres déchirés.