CHAPITRE II
Sommaire : — La famille Montgolfler. — Étienne et Joseph Montgolfier ; leurs caractères et leurs ap-titudes différents, leurs premiers travaux. — Les nuages artificiels. — Premiers essais. — L’expé-rience publique d'Annonay .
Tels avaient été les premiers essais tentés ; le peu de succès de ces expériencesavait fait regarder comme une chimèré la possibilité de s’élever dans l’air et d’in-venter une machine qui pût traverser les hautes régions du ciel.
Quelques obstinés seuls persistaient à ne point désespérer; de ce nombre étaientÉtienne et Joseph Montgolfier .
La famille Montgolfier était originaire de l’Auvergne : sur la grande carte deCassini se trouve une colline située au nord-ouest d’Ambert et désignée sous le nomde Cros de Montgolfier , et sur le versant de laquelle s’étagent les ruines du vieuxchâteau de Montgolfier, abandonné par les ancêtres des inventeurs de l’aérostationpendant les guerres de religion.
Les Montgolfier avaient embrassé la cause de la Réforme et s’étaient faits au-près des montagnards les promoteurs chaleureux de l’idée nouvelle. L’ardeur aveclaquelle ils faisaient de nouveaux adeptes les désignait aux persécuteurs des hu-guenots et, après les massacres de la Saint-Barthélemy , en 1572, ils durent fuirleur pays et se réfugier dans les montagnes du Vivarais , où, avec les débris deleur fortune, ils construisirent de nouvelles papeteries qui jouirent bientôt d’unerenommée plus grande encore que celles d’Ambert.
A Annonay naquirent Étienne et Joseph Montgolfier .
Leur père, Pierre Montgolfier, avait accru encore la renommée héréditaire dela manufacture qu’il dirigeait; homme de labeur et de science, doux à ses ouvriers,loyal jusqu’au scrupule dans les affaires commerciales, il habitua de bonne heureses enfants au travail et ils grandirent dans cette atmosphère tranquille et pure,partageant leur vie entre les affections paisibles de la famille et les études qu'exi-geait l’héritage industriel qu’ils étaient appelés à recueillir. Tous deux aimaient lesmathématiques, tous deux s’y livrèrent, très-jeunes encore, avec un précoce succès ;mais le tempérament très-différent de chacun d’eux sembla d’abord devoir lesséparer pour jamais et les jeter dans des carrières opposées.
Joseph Montgolfier était vif, prompt, rapide dans ses conceptions, plus rapideencore dans ses actes ; il avait horreur des chemins battus et, s’il voulait servir lascience, c’était en franc-tireur, non en soldat régulier. Indépendant par caractère,il ne détestait point la vie d’aventures et l'affronta par pur caprice, mais la supporta