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HISTOIRE DES BALLONS
Il y trouva son frère qui l'avait précédé à Paris , qui était, avant lui, rentré aubercail.
Mûr avant l'Age , Étienne Montgolfier ressemblait peu à son frère : il travaillaitet savait plus, mais il trouvait moins; il avait le coup d’œil moins rapide, mais plussûr; l'intelligence plus lente et plus froide, mais moins vagabonde. Il n'était pointgarçon à se lancer dans les aventures, et, l’eùt-il tenté, il y eût succombé; mais sonesprit méthodique était de ceux qui ne se trompent guère et dont les conceptions,tardives à prendre corps, sont justes et naissent viables : Étienne était comme l'an-tipode de Joseph.
Tandis que Joseph, en rupture de ban universitaire, faisait et vendait des selsà Saint-Étienne, Étienne, par l’ordre de son père, était venu à Paris étudier l’ar-chitecture : élève de Souftiot, il ne fut pas indigne de son maître, et, en fouillantParis avec soin, il ne serait point impossible d'y découvrir encore quelques mai-sons signées de lui.
Rappelé à Annouay, il chercha quelles améliorations pourraient être apportéesA la fabrication du papier et découvrit certains procédés dont jusqu’alors les Hol-landais avaient seuls possédé le secret envié.
Aucun des deux frères, quelque travail sagace que mit l’un au service de lascience, quelque imagination lumineuse qu’y apportât l’autre, n’aurait probable-ment fait la grande découverte qui a ouvert aux hommes la route des airs, si les cir-constances ne les avaient réunis, si leurs tempéraments, tout opposés qu’ilsfussent, ne les eussent pour ainsi dire soudés l’un à l’autre.
Joseph et Étienne avaient besoin, pour que leurs efforts ne fussent point stériles,de les associer, de les unir, de les confondre. L’ardeur enthousiaste et créatrice dupremier se fût dépensée en pure perte peut-être, si le second n’eùt été là pour enrégler l’expansion et pour en diriger l’emploi. Ils se sentaient utiles, nécessaires,indispensables l’un à l'autre; une communion absolue de pensées, de projets, s éta-blit tout de suite entre eux, et la fusion se fit complète, à ce point que la postéritén’a pu établir la part qui revient à chacun d’eux dans la découverte glorieuse quifera vivre leur nom : elle a renoncé à dissiper des obscurités que leur affection fra-ternelle avait pris plaisir à entretenir^_
Plusieurs découvertes importantes furent les fruits des premiers travaux qu exé-cutèrent en commun les Montgolfier; la plus remarquable est celle du bélier hydrau-lique.
Ce n’était là qu'un prélude.
Au spectacle des nuages qui au-dessus d’Amionay fl) se formaient dans la mon-tagne, en méditant sur les lois qui régissent ces masses énormes, suspendues eterrantes entre terre et ciel, les frères Montgolfier se demandèrent s il ne serait pas
(i y Annouay, que les auteurs latins nomment et qui tire, dit-on, son origine des magasins
de blé qu’y avaient formés les Romains, est la ville la plus considérable du département. Dans le x\i fsiècle, elle fut sept ou huit fois prise, brûlée, saccagée par les protestants et les catholiques qui y coui-mireut tour à tour tics cruautés moules, dette ville avait autrefois le titre de marquisat et appartenaità la maison de Rultan-Soubise. La position d'Aunouay est agréable et pittoresque; la ville proprementdite s’élève sur un angle formé par les rivières de Cauce et de la L-iaime, au confluent desquelles* elleest située.