CHAPITRE IV
Sommaire : — Les ballons de baudruche et M. de Beaunianoir. — Les expériencesdu faubourg Saint-Antoine.
L’ascension du Champ-dé-Mars, dont le succès avait surpassé toutes les espé-rances, augmenta encore l’enthousiasme du public pour la machine aérostatique :il n’était personne qui ne voulût répéter l’expérience d’Annonay ; mais la difficultéde construire de petits ballons arrêta d’abord les plus ardents.
On essaya d'en faire en papier fin et léger, mais cette matière, perméable àl’air, laissait échapper le gaz. 11 fallut chercher une autre enveloppe moins poreuseet plus légère encore, s’il était possible.
Un peintre, Deschamps de Neufchàteau, imagina d’employer la peau de bau-, druche(l) à la construction de petits ballons : il soumit son idée à M. de Beaumanoir,
(l) Lti bauilruche n'est que la pellicule intérieure qui tapisse le gros boyau du bœuf; on détache cettelégère enveloppe qu'on étend toute fraîche sur des planches, pour avoir la facilité d’enlever avec dé-licatesse les parties grosses et filandreuses qui la rendraient inégales. Ou la laisse sécher eu cet état eton lui donne d’autres préparations pour l’adoucir et la rendre propre au genre d’emploi auquel on ladestine.
« La fabrication des gallons en baudruche est facile. Les boyaudiers vendent cette peau pour l’usagedes batteurs d’or, et la mettent sous forute de petites baguettes. Pour pouvoir l'employer, il faut lafaire tremper douze à quinze heures dans l’eau tiède, ce qui permet de la développer facilement.Pendant ce temps, on prépare un moule, qui peut être en bois ou en piètre, et auquel on peut donnerdes dimensions beaucoup plus considérables. Ce moule doit avoir la forme et les dimensions de lamoitié du ballon qu’on veut fabriquer. C’est donc ordinairement une demi-sphère.
« Lorsque la baudruche est suffisamment détrempée, on en développe un morceau, que l’on appliquebien exactement sur la surface du moule, en commençant par le sommet; on enlève avec précautiou,au moyen d une petite pince ou d un grattoir, les rebords ou les inégalités qui pourraient s’y trouver.On applique ensuite une seconde baudruche recouvrant la moitié de la première, et ainsi de suite,en faisant en sorte qu’il n’y ait partout que deux épaisseurs, et que la baudruche précédente ne soitpas desséchée lorsqu'on applique la seconde dessus, parce que leur collage résulte de leur humidité.Lorsque tout l'hémisphère est recouvert, on en lie le bas avec un ruban, et on laisse sécher pendantquelques heures, en ayant la précaution de maintenir humide le bord inférieur de la baudruche au-dessous du ruban.
« On graisse alors toute la superficie de la baudruche, comme ou l'avait fait pour le moule lui-même, et l'on rabat par-dessus le ruban le bord que l'on a maintenu humide, et à partir duquel onexécute la seconde moitié du ballon, eu remontant alors vers le sommet du moule, où l’on place un petitcylindre ; celui-ci sert à former l’embouchure du ballon, qu’on a soin de renforcer en cet endroit detrois ou quatre épaisseurs de baudruche. Après avoir laissé sécher quelques heures, on enlève le ballondu moule, d où il se détache facilement; puis, soufilant dans l’embouchure, on gonfle le tout, et l’onpasse, au moyen d une éponge fine, une couche légère de vernis gras sur la surface extérieure ; lorsque