CHANTRE XXXVI
I
Un jour de juillet 1870, Paris apprit que la guerre était déclarée. Deux mois plustard, Paris était assiégé.
La Prusse avait dit : « Nous ne faisons pas la guerre au peuple français .» L’Em-pire renversé, la France attendit. Les troupes allemandes s’avancèrent rapidementvers Paris .
Paris menacé se prépara à résister.
Le 21 septembre, Paris était bloqué : le grand siège commençait.
Paris pouvait beaucoup ; mais encore fallait-il qu'il sût ce que pouvait, ce quevoulait, ce que faisait la province. Les Prussiens, gens pratiques, — trop pra-tiques, hélas ! — espéraient faire le vide autour de Paris et le séparer du reste dela France , et, suscitant quelque discorde civile, en avoir facilement raison. « Deuxmillions d’hommes ne peuvent supporter un long siège, » disaient-ils.
Aussi, dès le 21 septembre, pas un seul piéton ne pouvait-il franchir les lignesennemies. Tout d’abord, on essaya de renfermer des dépêches dans des bouchonscreux confiés à la Seine , mais les Prussiens avaient tendu des filets, et les mes-sagers furent saisis. Les piétons porteurs de dépêches ne furent pas plus heureux :deux ou trois réussirent, les autres furent pris par l’ennemi et fusillés ! Il fallutencore renoncer à ce moyen. Les fils télégraphiques avaient été coupés : on essayade les rejoindre par de petits conducteurs invisibles; mais les Prussiens faisaientbonne garde, et les courageux auteurs de cette entreprise, MM. de Janvelle etForivon, durent, après mille dangers courus, renoncer à mener leur œuvre àbonne fin.
Ce fut alors que M. Steenackers songea aux ballons. L’aérostation étant unescience française, on ne l’utilisa qu’après avoir essayé maintes combinaisons. M. Na-dar, qui avait déjà organisé spontanément et à ses propres frais le poste de laplace Saint-Pierre, fut chargé de diriger le départ du premier ballon-poste , dont ilconfia le commandement à M. Duruof, l’un de ses anciens équipiers du Géant. Ce