HISTOIRE DES BALLONS
451
Il fallait en finir, pourtant, car le jour de la majorité du roi, c’est-à-dire de lafête annoncée et promise à toutes les provinces, approchait.
Il fallut renoncer à confier l’aérostat à un voyageur volontaire, et un esclavefut choisi, le plus maigre qu'il fût possible de trouver dans le royaume, pour aéro-naute du /(oi-de-Siam ; pour lui inspirer le désir de ramener son ballon à terre, laliberté lui fut promise en cas de retour.
Le grand jour arriva ; le pauvre diable, à demi mort déjà de frayeur, fut placé,malgré sa résistance désespérée, dans la nacelle, et les cordes furent coupées : leballon partit comme une flèche et disparut au milieu d’un nuage, tandis que lafoule, ravie, éclatait en applaudissements frénétiques.
Mais telle avait été la précipitation du départ, que la nacelle n’avait pas étémunie du moindre sac de lest : aéronaute et ballon ne reparurent jamais.
Le roi eût mieux fait encore de suivre son idée première et d’envoyer périr là-haut un condamné à mort, que d’infliger ce nouveau genre de supplice à un inno-cent, coupable seulement d’être esclave.