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Histoire des ballons et des ascensions célèbres avec une préface de Nadar : dessins de A. Tissandier ... / Alfred. Sircos et Th. Pallier
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HISTOIRE DES BALLONS

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laction de ce cordial; à 7(XK) mètres, jai tracé sur mon carnet de bord les lignessuivantes : « Je respire oxygène. Excellent effet. »

« A cette hauteur, Sivel, qui était dune force physique peu commune et duntempérament sanguin, commençait à fermer les yeux par moments, à sassoupirmême et à devenir un peu pâle. Mais cette Ame vaillante ne sabandonnait pas long-temps aux mouvements de la faiblesse : il se redressait avec lexpression de la fer-meté ; il me faisait vider le liquide contenu dans mon aspirateur après mon expé-rience, et il jetait le lest par-dessus bord pour atteindre des régions plus élevées.Sivel avait été lan dernier à 7300 mètres avec Crocé-Spinelli . Il voulait, cetteannée, monter à 8000 mètres, et quand Sivel voulait, il eût fallu de bien grandsobstacles pour entraver ses desseins.

« Crocé-Spinelli avait depuis longtemps lœil fixé au spectroscope. Il paraissaitrayonnant de joie et sétait écrié déjà: « Il y a absence complète des raies de la« vapeur deau. » Puis, après avoir fait entendre ces paroles, il sétait mis à con-tinuer ses observations avec une telle ardeur, quil mavait prié dinscrire sur moncarnet le résultat des lectures du thermomètre et du baromètre.

« Jarrive à lheure fatale nous allions être saisis par la terrible influence dela dépression atmosphérique. A 7 000 mètres, nous sommes tous debout dans lanacelle ; Sivel, un moment engourdi, sest ranimé ; Crocé-Spinelli est immobile enface de moi. « Voyez, me dit ce dernier, comme ces cirrus sont beaux ! » Cétaitbeau, en effet, ce spectacle sublime qui soffrait à nos yeux. Des cirrus de formesdiverses, les uns allongés, les autres légèrement mamelonnés, formaient autour denous un cercle dun blanc dargent. En se penchant au dehors de la nacelle, on aper-cevait, comme au fond dun puits dont les cirrus et la buée inférieure eussentformé les parois, la surface terrestre qui apparaissait dans les abîmes de latmo-sphère. Le ciel, loin d'être noir et foncé, était dun bleu clair et limpide ; le soleilardent nous brûlait le visage. Cependant le froid commençait à faire sentir soninfluence, et nous avions, antérieurement déjà, placé nos couvertures sur nos épaules.Lengourdissement mavait saisi; mes mains étaient froides, glacées. Je voulaismettre mes gants de fourrure; mais, sans en avoir conscience, laction de les prendredans ma poche nécessitait, de ma part, un effort que je ne pouvais plus faire,

h A cette hauteur de 7 000 mètres, jécrivais cependant presque machinalementsur mon carnet; je recopie textuellement les lignes suivantes qui ont été écritessans que j'en aie actuellement le souvenir bien précis; elles sont tracées dunefaçon peu lisible, par une main que le froid devait singulièrement faire trembler ;

« Jai les mains gelées. Je vais bien. Mous allons bien. Brume à l'horizon avec petits« cirrus arrondis. Mous montons. Crocé souffle. Mous respirons oxygène. Sivel ferme les« yeux. Crocé aussi ferme les yeux. Je vide aspirateur. Tetnp. 10°. 1 h. JO. H. 3 JO. Sivela est assoupi... 1 h. Jo. Temp. 11°. H. 300. Sivel jette lest... » (Ces derniers motssont à peine lisibles.)

« Sivel, en effet, qui était resté quelques instants comme pensif et immobile,fermant parfois les yeux, venait de se rappeler sans doute qu'il voulait dépasser leslimites planait alors le Zénith. Il se redresse, sa figure énergique séclaire subi-tement dun éclat inaccoutumé ; il se tourne vers moi et me dit : « Quelle est la pres-« sion? 30 (7 130 mètres daltitude environ). Nous avons beaucoup de lest« faut-il en jeter? Je lui réponds : Faites ce que vous voudrez. » Il se tourne vers