458
VOYAGES AÉRIENS.
Chennevières-sur-Marne_Notre course n’a pas été rapide, car il y
a une heure et demie que nous avons quitté Paris ; il n’est pastard, et je ne veux pas encore dégonfler notre aérostat, pensantque le manteau qui le recouvre ne tardera pas à fondre. Le tempsparaît un peu s’éclaircir, et si le soleil allait se montrer, il séche-rait bien vite nos toiles et nous permettrait peut-être d’exécuterune seconde ascension.
Les habitants de la localité grossissent en nombre, et un aima-ble propriétaire de Cliennevières, M., Rouzé, qui a couru avec sesdeux fils après, notre guide-ropc, au moment où il rasait leschamps, nous invite à déjeuner. J'accepte l’offre aimabfe d’unehospitalité inattendue, mais cependant je ne veux pas quittermon cheval aérien, craignant qu’il ne prenne le mors au dent pen-dant mon absence.
« Ne vous inquiétez de rien, me dit notre hôte, je vais vousfaire porter à la porte de ma maison. »
Ce qui est dit est fait : quelques bras vigoureux nous saisissent,soulèvent notre nacelle dans laquelle nous demeurons tranquille-ment assis et nous voilà triomphalement remorqués à traverschamp par une bande joyeuse qui nous acclame. Ce ballon couvertde neige, soulevé par quelques hommes et penché par le vent, cespaysans qui l’entourent en poussant des cris de joie, ces chasseurset leurs chiens, ce garde champêtre, forment le plus curieux ta-bleau. Notre voyage, quoique terrestre, n’en offre pas moins lecharme d’une excursion aérienne. Nous franchissons ainsi la terrelabourée jusqu’à la route de Cliennevières, que nos conducteurs nousfont traverser habilement sans qu’aucune branche ait atteint leballon. Nous passons encore, sans difficultés cette fois, au-dessusd’une autre plaine, et je donne le signal de la halte sur un avis denotre hôte, qui m’a appris que nous étions chez lui. Mangin, monfrère et moi nous descendons de la nacelle et je remplace notrepoids par celui de quelques grosses pierres que j’aperçois sur uneroute voisine. Pour faciliter le transport de ces matériaux, j’orga-nise une chaîne humaine avec les paysans de bonne volonté et jecharge notre panier d’osier de pavés et de moellons, qui le riventsolidement à la terre labourée. Ces manœuvres, si simples qu’ellesparaissent, ne s’exécutent pas facilement, car l’enthousiasme desgamins qui accourent toujours en grand nombre, en pareille occur-rence, est difficile à maintenir. Les uns se pendent à nos cordeset y voltigent comme sur une balançoire; les autres frappent