12 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
on s’en doute, à rêver, à faire des conjectures sans nombre, à restituer en esprit le passédu logis dans ses plus intimes détails. Béni soit donc le domestique intelligent ou vénalqui nous a mis à même de savourer ces jouissances d’une nature toute rétrospective, etpermis en même temps de montrer à nos lecteurs les dessins de la maison intéressantede Guillaume Toutain.
VI.
La description proprement dite ne sera ni longue ni difficile, puisque la décorationtout entière a disparu, puisque les murs à l'intérieur sont nus. — Plus de carrelagesémaillés et historiés, plus de vitraux aux fenêtres, plus de tapisseries aux murailles.Les solives apparentes des planchers ont bien encore par places conservé les chimèresdont elles sÉint engoulées, mais elles ont perdu les ornements peints qui devaient lesdécorer. — Les hautes cheminées des salles sont privées aussi de leur décoration, et çàet là des divisions opérées à l’aide de cloisons modernes ont détruit la proportion et ladisposition des appartements primitifs. — Donc rien à dire sur ces intérieurs, qu’onnous affirme avoir été des modèles de somptuosité et de bon goût.
Pour trouver matière à discourir sur la construction et la décoration du logis deGuillaume Toutain, il faut, abandonnant sans hésiter l’examen des façades extérieures,dépourvues de tout caractère, pénétrer immédiatement dans la cour. Ici, on retrouvepartout, dans l’ensemble et dans les détails, la physionomie des édifices de cette époque.Quand le soleil éclaire et colore de ses rayons la double galerie cintrée qui réunit lesdeux escaliers, on est tout étonné de rencontrer tant de finesse, tant de fermeté danscette façade où l’architecte semble n’avoir cherché que l’élégance. Du reste, cettegalerie est la partie vraiment décorative de l’édifice, et c’est elle qui attire vraimentl’attention.
L’entrée de l’hôtel est rue de Recouvrance. — Un passage conduit directement à lacour, fermée de trois côtés par un corps de logis ; le quatrième côté est un mur très-élevécontemporain de la maison. La partie qui long ^ ’ i rue de la Chèvre qui danse estconstruite en pans de bois et d'une façon très-e. nomioue. La partie du fond, danslaquelle on remarque encore un puits au rez-de-chaussée (voy. pl. X, le plan généralde l’hôtel), est dépourvue de toute ornementation intérieure. — On ne saurait en direde même pour l’extérieur, côté de la cour. Ici la pierre est assez animée et la façadeentière empreinte d’une certaine originalité. C’est d’abord une vaste porte cochère cintréeet terminée par un fronton à fines moulures ; puis, aux deux étages, des fenêtres tantôtsimples, tantôt jumelles, qui ne manquent pas de caractère, notamment celles de l’étagesupérieur (voyez fig. i, un profil du chambranle de ces fenêtres ; fig, 2, le profil dumeneau du rez-de-chaussée ; fig. 3, l’appui des fenêtres jumelles supérieures, et fig. 4,la coupe de son meneau horizontal : toutes ces figures sont au cinquième de l’exécution).Enfin, à l’angle rentrant de la façade et du grand mur de clôture dont nous avons parlé,se voit la tourelle en encorbellement, dont la trompe est ornée de caissons sculptés,et le sommet, d’une figure mutilée de Vénus à demi nue. C’est dans un des caissons, au