DU XV e AU XVIII e SIÈCLE.
35
traduire : « A Jupiter , mon père et mon protecteur ; à Minerve, ma protectrice ; à l’Élo-quence et à la Fidélité. » D’après M. Dusommerard, les premiers mots se rapporteraient àFrançois I er , dont la faveur avait donné l’être à Duprat, comme écrivait plus tard le duc deSaint-Simon avec son langage impertinent au sujet des parvenus, et le maintenait au pou-voir malgré ses envieux et ses ennemis. Minerve protectrice serait Louise de Savoie , et l’onaurait droit d’en inférer que cette princesse avait une haute intelligence, et pouvait aumoins, à cet égard, ne pas s’offenser du parallèle. Quant à l’Éloquence et à la Fidélité, ellesrappelleraient les instruments de la fortune de Duprat, un dévouement à toute épreuve, etle talent de bien dire, si utile dans les affaires. Ainsi le Jupiter tonnant placé au centre du
s
portique d’entrée, entre les deux longues meurtrières destinées à la manœuvre du pont-levis, serait l’image de François F r : les poètes du temps, en leurs flatteries, avaient tropsouvent comparé au roi des cieux le souverain absolu du royaume de France, pour quele monarque, en arrivant à Nantouiilet, ne fût pas charmé de l’allégorie.
IV.
Nous avons parlé tout à l’heure du talent de bien dire. Il nous sert de transition pourexaminer le reproche d’ignorance adressé souvent à Duprat. On a répété qu’il ne savaitpas le latin. Cette opinion est fondée sur un conte qui ne mérite aucune foi. Henri Estienne {Apologiepour Hérodote), dans un chapitre intitulé : De l'ignorance des gens d’Eglise, raconteque le cardinal-légat ayant lu une lettre du roi d’Angleterre Henri VIII à François I er , danslaquelle, entre autres choses, se trouvaient ces mots : « Mitto tibi duodecim molossos », ilcomprit que c’était un envoi de douze mulets ; et se fiant à cette interprétation, s’en alla auroi demander sa part du présent. Le roi, qui n’avait ouï parler comment d’Angleterre onlui envoyait des mulets, fut ébahi de la demande. On relut la lettre, et Duprat, pour s’ex-cuser, dit qu’au lieu de molossos (dogues), il avait lu d’abord muletos , réparant ainsisa première ignorance par une autre. Ceux qui ont lu le livre d’Henri Estienne , et quiconnaissent ce bizarre amas d’anecdotes sans goût et sans vraisemblance contre les prêtreset ceux qu’il appelle messotiers, rejetteront sans doute un conte qui n’est appuyé suraucune autorité antérieure. Comment pourrait-on croire qu'un homme qui se distinguaau barreau, et qui remplit de grandes places dans l’ordre judiciaire, ait pu ignorer lalangue dans laquelle on rendait encore Injustice, et qui était de première nécessité pourtoutes les études de droit? On a remarqué, il est vrai, qu il avait souvent montré de l’éloigne-ment et une espèce de jalousie contre les gens de lettres, trouvant qu’ils le primaient dansl’esprit du public et dans la faveur du roi; mais, quoiqu’il n’aimât point les lettres et qu’ileût cru perdre son temps en recherchant la société de ceux qui les cultivaient, il n’endut pas moins son élévation aux talents de l’esprit et à ses connaissances, parce qu’alorsdans les cours de magistrature on ne s’élevait pas autrement. Le parlement de Paris, quile connaissait bien (il l’avait eu pour premier président), et qui, toujours en lutte aveclui, ne lui aurait pas plus ménagé le reproche d’ignorance (pie les autres, avouait, dans