DU XV e AU XVIII e SIÈCLE
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» bien mignard et à mon gré, non seulement à cause de l’édifice, mais aussi pour certaines» singularitez qui y sont. Entr’autres y en ai remarqué une, dot en tous les bastimens que» i’ay veus, n’ay point trouvé la pareille : assavoir, que oultre le fossé, qui joint le logis,» y a une terrace de trois toises de large, élevée du fossé de deux toises, ou environ, icelle» terrace régnante entour les fossez devant les quatre faces du logis, comme vous le» pouvez cognoistre par le plan et élévation. Et d’autant que ce bastiment est en une» plaine, la terrace a tout le plaisir que la veuë peut souhaiter. Près le logis est le jardin» et au bout d’iceluy un petit fort de bois, ainsi qu’il est figuré par ce dessein. Touchant» la mesure du lieu, tant en général, que chacune pièce en particulier, elle se comprendra» par la toise marquée au dit plan. »
Telle est l’impression de du Cerceau. Cet éloge sans réserve du logis d’Àncy-le-Francqu’il trouve mignard, à son gré, nous fait voir combien les architectes contemporains del’édification du monument rendaient justice à son mérite décoratif et à ses proportions.Nos appréciations pourront différer des siennes en quelques points peut-être ; mais,comme lui, nous dirons sans hésiter que l’édifice rend du contentement à l’œil et qu’ilsemble, présentement encore, avoir été tout fait en un jour.
Un regard jeté sur nos plans suffira pour donner une idée exacte de ce qu’était l’exté-rieur du château à l’époque indiquée par du Cerceau.
La terrasse, dont nous ne voyons qu’une partie, avait 6 mètres de largeur et contournaitles quatre façades, entourant des fossés larges de 23 mètres, remplis d’eau. On arrivaitde l’extérieur par deux petits perrons en face des points C et N (voy. planche I). Le fossén’était franchi qu’en C et N, sur deux ponts-levis qui aboutissaient à deux petites portes :l’une en N, dite porte de fer. existe encore. Au lieu de neuf fenêtres (1). on n’en comptaitque cinq sur la façade principale. Sur les autres façades, on remarquait aussi la memesobriété d’ouvertures, et il nous semble impossible, quoi qu’en dise du Cerceau, qu’il n’yeût pas quelque obscurité rendue aux membres du dedans. Au milieu du xvi e siècle, desconsidérations militaires dominent encore dans le système de construction des châteaux.Les tours, les fortifications de pierre, sont devenues impuissantes contre les arméesrégulières, secondées par la brutalité de l’artillerie ; mais le désordre règne partout ;des bandes de partisans inondent les campagnes, il faut être à l'abri d’un coup de main :aussi le château d’Ancy-le-Frauc, qu’on veut orner de toutes les merveilles de l’art, onl’entoure de fossés, on le ferme par des ponts-levis, et de petites fenêtres éclairantdes cabinets dans les rentrants peuvent au besoin servir de meurtrières et protégerl’entrée par des feux de flanquement. A l’extérieur donc, on veut pouvoir se défendre,
(1) Dans notre planche III représentant la façade 6ur la grande cour, nous n’avons pas osé supprimer les fenêtresajoutées après coup, et M. de Clermont-Tonnerre nous reprochait presque notre hésitation. Il nous eût fallu, pour êtrelogique, enlever aussi le balcon et les colonnes qui le supportent. En rétablissant le château tel qu’il fut à son origine,nous étions obligé de faire disparaître une partie intéressante de la façade ; c’était aussi entrer dans une voie de restitutionabsolue contre laquelle il faut se tenir en garde, et nous avons préféré montrer sa façade principale à peu près telle qu’elleexiste de nos jours, en mentionnant dans le texte une addition infiniment regrettable, mais que nous avons, par grandrespect pour la vérité, jugé à propos de conserver sur la gravure. Les seules restitutions que nous nous soyons permises,et qui ne sont point exécutées, sont celles des croupes de la toiture et des lanternes qui couronnaient chaque pavillond’angle. Nous avons copié sur les planches de du Cerceau et sur les vues de Sylvestre.
IV.
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