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Tome premier.
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565 VoYvAGES DESPORTUGAIS AUXcclles, qui s'apperccvoient de fort loin, comme les éruptions du Montua; de ſorte que le bois devint auſſi rare à Madere qu'il y avoit été com-a. Le Prince Henri y fit apporter de Sicile des cannes de ſucre, qui réuſſi-rent merveilleuſement. Dans un petit nombre d'années, la cinquiéme partiedu revenu, que le Prince avoit réſervée pour ſon Ordre Militaire, montoità plus de 60,000 Arobes, dont chacune fait environ 500 livres de notre mon-noye,(5) quoique dans ſa circonférence Feſpace cultivé n'eut guéres plus deneuf milles. On baätit bientêt des Egliſes à Madere,& Pon y ötablit un E-véque. Le Roi Edouard, frére du Prince Henri, lui donna cette Ile,&revétit l'Ordre Miliraire de Chriſt de la Juriſdiction ſpirituelle.

IL y avoit déja douze ans que le Prince Henri n'Spargnoit rien pouraſſurer la découverte de la Guinée. Celle de ces deux Iiles[dont il n'étoitredevable qu'au hazard] avoit augmenté ſes eſperances. Cependant ſon en-trepriſe ne plaiſoit pas à tout le Monde,& bien des gens la combattoient pardiverſes objections. IIIs diſoient par exemple:" que Fexécution de ce -„ deſſein épuiſoit 1Etat dhommes& d'argent; que les Tempétes, les Cou-»„ rans,&c., y mettoient des obſtacles inſurmontables; que le Pays dont il vou-loĩt faire la découverte, ne renfermoit que de vaſtes Déſerts, ſemblables àceux de Lybie,& que quand meme quelque Avanturier auroit le bonheurd' aborder, il ſe verroit forcé de s'en retourner, ſans pouvoir y pénétrer.IIs ajoutoient, que le Roi Jean ſon Pére, avoit invité les Etrangers, à ve-nir s'Etablir en Portugal, bien loin de permettre à ſes ſujets de quiter unRoyaume qui manquoit d'habitans;& enfin que cette partie du Monde,avoit été deſtinée par la Providence, à ſervir de retraite aux bêtes ſauva-ges, comme l'on pouvoit s'en convaincre par ce qui venoit d'arriver dans„ PIſle nouvellement découverte, d'ou l'on avoit été chaſſé par les Lapins.

Il faut avouer que le peu de fruit qu'on avoit recueilli juſqu'alors des Expedi-tions de ce Prince, rendoit ces objections aſſez plauſibles: Mais on commen-ca à lui rendre plus de juſtice,] 2n que Gilianez qu'il fit partir en 1432 ſurun petit batiment, pour aller à la découverte, eut le bonheur de doubler ceterrible Cap Bojador, qui avoit juſqu'alors arrêté les plus braves;& cette ac-tion fut mise par les Ecrivains de 8 tems, au deſſus des travaux d'Hercule.Cr fut environ dans le même tems, que le Prince Henri[au comble dec-ſes vœux] obtint du Pape Martin V.(i) une donation perpétuelle à la Cou-ronne de Portugal, de toutes les Terres que les Portugais pourroient décou-vrir depuis ce Cap juſqu'aux Indes Orientales incluſivement, avec une Indul-gence pléniere pour l'ame de tous ceux qui périroient dans cette entrepriſe.Cette faveur fut confirmée par les Papes Eugene, Nicolas,[& 8ixte,] -Succeſſeurs de Martin, à la priére du Roi Alphonſe& du Prince Jean ſon fils,par le double motif d'arréter les entrepriſes des autres Nations,& d'encou-

1419.

Etabliſſe-ment des Por-is à Ma-

†gete.

On blameles entrepriſes4e'*rdel Infant.

2)522222252)

22

1432.Gilianezdouble le Cap

Bojador.

Célebre do-nation duSaint Siége enleur faveur.

rager les Sujets du Portugal.

(b) Geſt-à-dire que, ſuivant cette Traduc-tion, le revenu du Frince auroit été de trentemillions de Livres: on comprend aifément quela choſe n'toit pas poſſible. LOriginal Angloisdit- ſimplement que l'Arobe eſt de 25 Livres,ce qu'il entend du poids, au lieu que le Tra-ducteur, a cru qu'il s'agiſſoit de livres Ster-lings& il s'eſt donné la peine d'en faire la re-

Gr-

duction en Monnoye de France. Au reſte 1'Aro-be, eſt un poids qui varie ſuivant les lieux. Laplus commune en Eſpagne& en Portugal eſtde 25 Livres. R. d. E.

(i) Cette Donation eſt mal placée par Pua-chAs après l'an 1441, le Pape Martin V. Etantmort en 1431.