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Tome premier.
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VAscopEGàAMA.

1498.

Gama deſcendà terre, mal-gré les avis deſon Conſeil.

Il eſt conduità Calecut.

42 VOVYAGESDESPORTUGAIS AUX

au Prince de s'en allarmer. Il lui annonga Peſtime& Pamitié d'un Roi Chré-tien, qui lui envoyoit de l'extrémité du monde un Ambaſſadeur, avec deslettres& des préſens.] Le Samorin fit affͤrer aufſi-tot Gama qu'il pouvoitcompter ſfur un accueil favorable. II lui envoya un Pilote, pour le conduireà Padarane, Village où les Vaiſſeaux étoient en füreté dans une bonne Rade,& d'ou il pourroit ſe rendre par terre à Calecut. Gama ne ſe fit pas preſſerpour lever'ancre,& s'abandonner à la conduite du Pilote; mais, dar

8 ns lacrainte de quelque trahiſon, il refuſa de s'engager trop avant dans le Port dePadarane.[Loin de parottre offenſé de cette défiance,] le Samorin lui fit di-re par le Kurwal(a), ſon principal Officier pour les affaires étrangères, qu'ilétoit le mattre de débarquer dans le lieu qu'il voudroit choiſir. Les Portugaistinrent Conſeil. LAmiral fit connoitre que ſon intention étoit de deſcendrelui-même à terre,& d'aller propoſer au Samorin un Traité perpétuel d'al-liance& de commerce. Mais il trouva de l'oppoſition dans ſon frêre, quimalgré l'opinion où ils étoient tous que le Samorin& ſes Sujets étoient Chré-tiens, lui repréſenta que la Ville étoit remplie de Mores, c'’eſt-à-dire, deleurs mortels ennemis, qui le deviendroient encore plus lorſqu'ils les regarde-roient comme les Uſurpateurs de leur commerce; que le ſuccès de leur voya-

e& la füreté de la Flotte entiéère dépendoit de ſa vie; enfin, qu'il paroiſſoitplus prudent d'envoyer quelqu'un à fa place. Tout le Conſeil fut du mêmeavis. Gama ſeul prétendit qu'il n'y avoit point de dangers qui duſſent le fairechanger. II déclara que ſon départ ne ſeroit différé que juſqu'au jour ſnivant,& qu'il perdroit mille fois la vie plutêòt que de retourner en Portugal, ſans yporter des témoignages perſonnels de ſon débarquement à Calecut. A la vé-rité il faiſoit beaucoup de fond ſur'intérêt même du Roi, qui étoit d'encou-

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rager le commerce[comme Bentaybo le lui avoit dit;]& plus encore, fur lae=

Religion des Habitans naturels, qu'il croyoit tous Chrétiens. Dans la ſuppo-ſition néanmoins qu'il lui arrivàt quelque diſgrace, il donna ordre à tous ſesgens de retourner immédiatement dans leur Patrie, pour y porter l'heureu-fe nouvelle de la découverte de PInde.

Lr lendemain, 28 de Mai, il ſe mit dans ſa Chaloupe, avec quelques petitespiéces d'artillerie,& douze de ſes plus braves Soldats, enſeignes déployées,& trompettes ſonnantes. Le Kutwal l'attendoit ſur le rivage, accompagné de200 Nayres, ou Gentilshommes du Pays,& d'une foule de Peuple. En tou-chant la terre, il trouva deux eſpéces(b) de litières, l'une pour lui, l'autrepour le Kutwal, dans leſquelles il entrérent tous deux. IIs furent portés, avecbeaucoup de viteſſe, ſur les epaules de pluſieurs hommes, tandis que le reſtedu cortege marchoit à pied. IIs s'arretérent à Kapokars, pour y prendredes rafraichiſſemens, de ris, de fruits& de poiſſons. Le reſte de la route ſefit moitié par terre,& moitié par eau, ſur une Riviére qu'ils deſcendirent

juſqu'à ſon embouchure[dans deux Barques, jointes l'une à l'autre,& quee

jles Habitans appelloient Entangada.] Gama vit ſur la COte pluſieurs Vaiſſeauxà ſec. Aprées avcir fuivi quelque-tems le rivage, il reprit Ia route de terre.Son

(a) Un Kutsval eſt proprement le Gouver- endroits, il ſemble que ce ſoit le Scherif de esneur d'un Chateau; mais ſes fonctions paroiſ- Ia Ville.ſent différer ſuivant les lieux; car dans quelques(b) C'étoit apparemment ce qu'on nommeaux Indes des Palanquins. R. d. T.