L'Amiralcourt riſque
d etre pris.
Le Samorins'efforce d'a-nimer le Roide Cochincontre les Por-tugais.
Son reſſen-timent contrece Prince.
Reconnoiſ-ſance des Por-tugais pour leRoi de Co-chin.
84 vVONAGESDES PORTUGAIS AUXx
rétablir le Traité de Commerce. II fit garder le Meſſager(g z), dans l'inten-tion de le punir, ſi le Samorin manquoit de bonne-foi;& contre l'avis detous ſes Capitaines, il réẽſolut de ſe rendre: à Calecut avec ſon ſeul Vaiſſeau.l'Eſcadre de Vincent Sodre, qui conennoit de croiſer ſur cette Còôte, lui pa-rut une reſſource ſuffiſante contre des périls qu'il redoutoit peu. A ſon arri-vée, le Samorin lui fit dire que, le jour ſuivant, tous les différens ſeroientheureuſement terminés. Mais lorſqu- il eut appris que l'Amiral étoit ſeul, ildépécha trente-trois Pares(b) bien équipés„avec ordre de ſe ſaiſir de lui. Get-te multitude de petits Bàtimens fondit ſi bruſquement ſur le Vaiſſeau de Gama,que pour ſe dérober à leur première impétuoſité, il fut obligé de couper ufde ſes cables,& de mettre au vent toutes ſes voiles. IIs continuérent de lepreſſer avec tant de chaleur, qu'il n'auroit point évité le malheur d'etre pris,ſi TEſcadre de Sodre n'eüt paru fort à propos. A ſon retour, il fit pendreſans pitié(i) le Meſſager du Samorin.
Ce Prince perfide congut dans quel précipice il s'étoit jetté* ſa nouvelletrahiſon. II ne pouvoit plus compter ſur vartifice,& le nombre des Vaiſ-ſeaux Portugais ne lui laiſſoit rien eſpérer de la force. Il tourna ſes vües ducôté de Cochin, pour eſſayer de jetter l'allarme dans Feſprit du Roi,& de ledégoùũter de ralliance du Portugal. Dans une lettre qu'il lui é 6crivit, il traitales Portugais de Voleurs, en lui repréſentant les dangers dont il étoit ména-cé par de tels Hôtes,& les maux qu'ils avoient déja cauſés à Calecut. Tri-mumpara répondit qu’il éStoit de ſon intérét de traiter favorablement ceuxqui apportoient de l'argent dans ſes Etats,& qu'il ne ſe flattoit pas qu'à ſaprière, le Samorin voulüt congédier les Mores de la Mecque, qui exergoientle Commerce à Calecut. Cette réponſe attira des menaces ſanglantes auRoi de Cochin; mais loin de s'en effrayer, il repliqua que la crainte ne ſeroitjamais capable de lui faire commettre une perfidie. Le Samorin jura au fondde ſon cœur, d'en tirer une ſévêère vengeance, apréès le départ des Portu-gais;& pour ne 8 leur découvrir pimpuiſſance de ſa haine, il fit armervingt- nneuf gros Vaiſſeaux, avec quelque eſpérance, que leur Flotte, char-gée comme elle étoit de marchandiſes, ſferoit moins capable de réſiſter àla ſienne.
TRIMUMPARA ne révéla rien à Dom Vaſco de ce qui s'étoit paſſé entrelui& le Samorin, juſqu'au départ de la plotte; mais il fit cet aveu, lorſqu'illa vit prête à lev er’- ancre, en affürant l'Amiral, qu'il s expoſeroit? à perdreſa Couronne pour ſervir le Roi de Portugal. Dom Vaſco lui proteſta que desſentimens ſi généreux, exciteroient toute la reconnoiſſance de ſon Maitre,& lui promit, au nom du Roi Emmanuel, des ſecours ſi puiſſans qu'ils le met-troient en état, non-ſeulement de défendre fon propre Royaume, mais d'enconquérir d'autres. Il ajoũta que déſormais, la guerre feroit pouſſée ſansménagement contre le Samorin, qui loin d'infulter les autres, auroit aſſez
d' embarras à ſe ſoũtenir ſur ſon Trne;[& qu'en attendant il lui enverroit
quel-
(g) Le méme Auteur dit que ce Meſſager encore que l'Amiral avoit une Caravelle avecetolt un Bramine, qui laiſſa ſon fils& ſon ne- ſon Vaiſſeau.veu en 6tage,& qui étant revenu à Calecut(b) Angl. Trente-quatre. R. d. E.avec Gama, kut chargé de toutes les députa-(i) Faria prétend que le fils& le Neveu dutioas entre je Samorin& les Portugais. Ildit Bramine furent pendus.