INDES ORIENTALES, Lrv. I. Cnar. XIV. 151
MATGRü quelque mélange de diſgraces, cette année ne fut pas une des Cuxxa.moins glorieuſes pour les Portugais. Outre la conquéte de Diu, qui deve- 1538.noit un de leurs plus puiſfans boulevards contre les Mores,] Dom Etienne Iede Gama remporta d'autres avantages ſur la Cêòte de Malaca, où il ſoũmit Pp.
EU Ujomtama& ſon Fort, à la pointe Sud-Eſt de cette Côte[& à 40 lieués de Temate.Malaca.] Le Pont de Malaca fut attaquẽ deux fois par les troupes d'Achen;mais elles furent autant de fois repouffées. La fortune ne fut pas moins favo-rable à Ternate, lorſqu'on eut coupé le cours à l'’avarice de Triſtan d'Atay-de en le dépoüillant de ſon emploi. Antoine de Galvam, qui lui ſuccéda, fer-ma, par ſa prudence, ſon intégrité& ſa modération, la ſource des déſordresqu'on avoit reprochés à ſes Prédéceſſeurs. Ayant appris qu'il s'étoit formé Antoine deune ligue de huit Rois contre les Portugais de Tidor, il ſe rendit dans cet- Galvam ſe fi-
F’vn In. 2 gnale à Tidor.te Hle avec quatre Vaiſſeaux& cent ſoixante-dix Portugais[& cinquanteMores. IIl fut pourſuivi par 300 Vaiſſeaux, montés de 30000 Mores.] IIjetta Pancre à Tidor même, ſans éetre effrayé de la multitude d'ennemis quij'attendoient. Quoique le Fort part imprenable, il Pemporta par eſcalade.Environ trois cns Eſclaves, qui ſe joignirent au petit nombre de ſes gens,compoſoient toutes ſes forces. Les Rois parurent, à la téte de cinquante mil-le hommes. II ſe retira dans un bois, comme ſi la crainte l'et porté à fuir.LEnnemi prit cette opinion de ſa retraite,& s'avanga ſans ordre& par pe-lotons, que les Portugais taillérent en piéces à mefure qu'ils les trouvoient à
Esla portée de leurs coups.[Quelques-uns ſe retirérent en défordre,& les Por-tugais les pourſnivirent juſqu'au Fort, qu’ils reprirent en y entrant péle-meleavec eux.] Le tumulte& la confuſion des fuyards répandirent parmi les au-tres une terreur qui ſe communiqua juſqu'aux huit Princes. Ils prirent la fui-te, pour aller mettre leurs tréſors à couvert dans les montagnes. Galvam mar-cha droit à la Ville, qui fut abandonnée de ſes Habitans. Il la réduiſit en cendres.
vIi croiroit qu'une victoire ſi glorieuſe, ne coũta aux Portugais qu'un ſeulhomme? Mais on doit être accoutumé à ces prodiges par une infinité d'éxem-ples.[On ne comprendroit point en effet,'où les Portugais euſſent pü tireraſſez de forces pour attaquer ou pour ſe défendre, ſi leurs pertes avoient euquelque proportion avec la grandeur de leurs triomphes.] D'ailleurs il dépen-doit preſque toũjours d'eux, de gagner leurs ennemis par la douceur; ce quimontre afſez que la plus grande partie de leurs guerres, ne venoient que des in-juſtes cruautés avec leſquelles ils traitoient les Indiens. Faria dit hardiment L'excès d'a-qu'il étoit plus aiſé de vaincre des armées innombrables de Barbares, que la e.Jxaamoindre étincelle de l'avarice Portugaiſe. Cette réflexion n'a pas beſoin d'au- etre preuve que la victoire méême de Galvam& le fruit qu'il en tira par ſaconduite. Aprés avoir brülé Tidor juſqu'aux fondemens, il offrit au Roi derebätir la Ville. Une offre ſi peu attendue fit tant d'impreſſion ſur le cœur dece Prince& ſur tous ſes ſujets, qu'ils s'abandonnéèrent à lui avec une con-fiance ſans réſerve. Elle alla ſi loin que le Roi étant mort dans ces circon-ſtances, tous les Habitans ſe réünirent pour offrir la Couronne à Galvam,
E.juſqu'à ce qu'ils euſſent un Roi élu légitimement.] L- Hiſtorien ne nous ap-prend pas quelles raiſons le portérept à la refuſer.
☛ LFERDINAND de Gryalva, ayant été jetté par la tempéte fur lesCôtes de Gilolo& de Bachan, les Rois de ce pays lui refuſérent entrée deleur port, ſous prétexte de leur Alliance avec Galvam. Au reſte ce der-
nier