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Tome premier.
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CAsSTRo.1545.28—

Marche de

ſes troupes.

Elles les for-cent dans leur

camp.

Les Moresregagnent l'a-vantage.

La Ville eſtſurpriſe parles Portugais.

2382 VO YXAGES DESPONwUgAIsSs AUX

aſſiſter les bleſſés. On laiſſa dans le Chateau, avec trois cens hommes, leLieutenant de Maſcarenhas.[Le Gouverneur aſſigna des récompenſes pour

ceux qui monteroient les premiers ſur les OQuvrages des Ennemis.] Le II de

Novembre, à la pointe du jour, cette petite armée ſe mit en marche pourattaquer les forces nombreuſes des Infidelles, qui étoient auffi-bien défenduespar ſeurs retranchemens que par leur artillerie.

LATTAQUE fut commencée avec une bravoure extréme; mais elle coũ-ta la vie à pluſieurs Portugais. Deux Gentilsnommes, qui s'étoient défiés mu-tuellement,& qui étoient convenus que le premier qui paſſeroit la tranchéeſeroit déclaré vainqueur de l'autre, périrent tous deux glorleuſement dansl'entrepriſe. On franchit enfin le foſſé,& le nombre de ceux qui s'y por-toient avec la même ardeur fut ſi grand, qu'on ne put diſtinguer à qui P'hon-neur appartenoit. Coſme Payra, aprêès avoir perdu une jambe, continuade combattre à genoux juſqu'à ce qu'il ent regu le coup mortel. Tanadas s'é-tant baiſſé, pour tuer un Turc qu’'il avoit terraſſé d'un coup de lance, futtuẽ lui-même par un autre Turc. Frangois d'Almeyde(b) ſuccomba auffi ſousle nombre, aprés avoir fait un grand carnage autour de lui.

MäAscARENHAs& Dom Alvare de Caſtro entrèrent dans un boulevard,qui formoit le coin du retranchement. Ils y plantéèrent deux fois leurs En-ſeignes, qui furent autant de fois abatues. Larrivée du Gouverneur en-flammant l'ardeur du combat, T'ennemi fut pouſſé ſi vigoureuſement qu'ilabandonna cet ouvrage. Alors les Portugais entrèrent pele-même avec lesTurcs,& le carnage devint beaucoup plus ſanglant. Rumi Kham s'avangaavec le corps de ſon armée; mais voyant ſes retranchemens forcés, il enſortit, après une rude eſcarmouche, pour ſe joindre à Juzar Kham,[qui deſon côté étoit maltraité par Maſcarenhas.]

Don jJean de Caſtro ne balanga point à raſſembler tous ſes gens pour leſuivre,[il donna le commandement de l'avant-garde à ſon Fils Dom Alvare.]Laction fut engagée plus réguliérement. Un Religieux Portugais, nomméAntoine del Cazal, parut à la tete des rangs, le Crucifix dans une main& lalance dans l'autre(c). Bien-têt le champ de bataille fut couvert de morts&de bleſſés. Rumi Kham tourna le dos, mais ce fut pour rallier ſes troupesdébandées,& pour revenir à la charge avec tant de furie, qu'il mit à ſontour les Chrétiens en déſordre. Ici, Dom Jean de Caſtro, bravant mille foisla mort,& préſent de tous còôtés par ſes exhortations& ſon éxemple, ſer-vit au gain de la victoire par la promptitude avec laquelle il rétablit tous ſesrangs. II arriva, pour le ſeconder, que le Crucifix de del Cazal eut le brascaſſé d'une balle ou d'une pierre. Ce brave Prêtre demanda vengeance duſacrilége aux Portugais raſſemblés,& ce ſpectacle les fit tomber avec tantde furie ſur les Mores, qu'ils les pouſſêrent ſans reldäche juſqu'aux portes dela Ville. Maſcarenhas, Dom Alvare,& Dom Emmanuel de Lima, ſe melantavec les fuyards, eurent la hardieſſe d'y entrer avec eux. IIls furent ſuivis

du Gouverneur même, ſ[qui s'aſfüra de la porte avec toutes ſes troupes;]

& ſe répandant chacun de leur còôté dans les rues, ils y firent couler le ſangà grands flots. Les femmes& les enfans ne furent pas plus épargnés que leshommes

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) Angl. de Azevedo. R. d. E. d'une lance. R. d. E.) Angl. portant un crucifix ſur la pointe

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