234 VOYAGES DESORTUGAISAUX
CAsSTSo. LE fuccès de la Flotte Portugaiſe à Diu répandit une joie incroyable dans1546. tous les Etabliſſemens de cette Nation, qui avoient crũ lire leur ſort dansGloire de celui de Maſcarenhas& du Château. Mais elle éclata particuliérement à Goa 3Caſtro.[où Dom Jean de Caſtro s'étoit attiré l'affection de tous les Habitans.] IIleur-&fit demander une ſomme conſidérable, dont il avoit beſoin pour le ſoutiende ſa Flotte& pour les réparations du Chateau de Diu;& comme il ne pen-
Conſiance foit qu'à'emprunter, il leur envoya ſes mouſtaches pour caution. La Villeqronavoit les lui renvoya ſfur le champ, avec de grands témoignages de reſpect,& laà lui. ſomme qu'il avoit demandée. Les femmes s'empreſſèrent d'y contribuer,&
ſe défirent, à l'envi, de leurs colliers& de leurs bracelets pour la groſſir.Mais il eut bien-tõt l'occaſion de s'acquitter avec uſure, par les richeſſes quiſe trouvèrent ſur un Vaiſſeau de Cambaye, dont Moniz Barretto ſe ſaiſit prêsde Mangalor.
Il rebätit e LE Chateau de Diu fut rebàti, avec un grand nombre de nouvelles for-Chateau de tifications. On y mit une garniſon de cinq cens hommes,& Dom Geor-Diu. ges de Menezeés fut laifſfé ſur la Cête, avec une bonne Eſcadre. Le pardon2 qui fut accordé aux Mores,& les marques de bonté qu'ils regurent du Gou-
verneur, ſervirent bien-tôt à leur faire repeupler la Ville. Enfin, Dom Jeande Caſtro partit pour Goa,[où impatience de le revoir avoit porté les Ha-bitans à Iui faire une députation pour hàter ſon retour.] II y fut regu avec desacclamations& des honneurs, par lesquels on s'efforga de retracer les an-ciens triomphes de Rome. Les portes& toutes les rues de la Ville furent ten-
Sonentrée dues de riches tapiſſeries. Dans chaque quartier, le bruit des inſtrumens de
triomphante. muſique fut mélé à celui du canon;& tous les Vaiſſeaux qui étoient dans lePort prirent part à la féte par des illuminations. Dom Jean entra ſous un daismagnifique. A l'entrée de la porte, on lui êta ſon chapeau, pour Ilui mettreſur la téte une couronne de laurier, avec une branche dans la main. Devantlui, marchoit le Pêre Antoine Del Cazal, portant le même Crucifix qu'ilavoit au combat,& Etendart royal à ſon cõté. Aſa ſuite venoit Juzar Kbam,les yeux baiſſés. Six cens priſonniers, couverts de chaines, fermoient lecortége. Mais il étoit précédé d'un nombre infini de chariots, ſur lesquels onportoit le canon& les armes qui avoient été enlevés aux Mores. Les Damesde la Ville ſe préſentant aux fenétres, jettèrent des fleurs& des eaux par-fumées ſur le Vainqueur. Enfin, toutes les circonſtances de cette fête dürentStre bien pompeuſes, puiſque la Reine Catherine de Portugal, liſant la Re-lation des combats& du triomphe de Caſtro, dit,„ qu'il avoit vaincu„Comme un Chrétien,& triomphé comme un Payen..s e Cr fut dans le cours de la même année que ces glorieuſes nouvelles furent por-tient de la tées en Portugal. Le Roi voulut diſtinguer Caſtro par des récompenſes ex-Cour de Por-· traordinaires. II commengça par lui accorder Ia continuation de ſon Gouverne-tugal. ment, ſous le titre de Viceroi.[IIIui fit auſſi préſent d'une ſomme d'argent,&]enſuite, il nomma Dom Alvaré de Caſtro ſon fils, Amiral des Mers de PIn-de. Mais la mort de Dom Jean interrompit toutes ces faveurs. II étoitmourant, lorſqu'il regut la premiére;& ſa maladie, ſi lon en croit Faria,
Sa mort
chrétiennc& Stoit d'une nature fort extraordinaire. Elle venoit du chagrin qu'il reſſentoit,glorieuſc. depuis long-tems, du miſérable état où les affaires des Portugais tomboientde jour en jour dans les Indes,& de la mauvaiſe conquite queé pluſiers Offi-
ciers avoient tenue dans une certaine expédition. En expirant, il demanda
pardon