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Tome premier.
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246 VOYAGES DESANGLOIS AUXh. amenés dans un Pays ſi dangereux que pour les y faire tous périr. D'autres3. tirérent l'épée en offrant de lui êter la vie. Commne ils inſiſtoient to0jours à

partir, il ſe réduiſit à leur demander le tems de faire revenir les Marchands

qui étoient demeurés auprès du Roi. Cette prieére fut rejettée. Enfin il les

conjura de lui laiſſer du moins une Chaloupe, avec quelques vieilles piécesde voile, en leur promettant de ramener leurs Compagnons en Angleterre.Rien n'ayant pü les toucher,[il ſe ſervit d'un Négre du Pays] pour écrire 83aux Marchands à quelles violences il étoit expoſé,& leur promettre que ſiFon ménageoit du moins ſa vie, il viendroit inceſſamment ſes chercher. Lesmutins ne tardêrent point à le faire monter à bord malgré lui. II fut relégueédans la cabane des Valets,& traité ſi indignement qu'il ne recevoit ſa nour-riture que de la pitié de cette vile canaille. Les maladies ayant tellement di

ü-minué l'équipage qu'il ne reſtoit plus aſſez de Matelots pour la mancœuvre,ceux qui avoient conſervé leur ſanté brüléèrent un des deux Vaiſſeaux,&partirent ſix ou ſept jours après. Pinteado, pénétré juſqu'au fond du cœur du

I meurt de cruel traitement qu'il recevoit, mourut de chagrin& de langueur. Ses Bour-

chagrin. reaux arrivéèrent enfin à Plymouth; mais d'environ cent quarante qu'ils é-toient à leur départ pour l'Afrique, il n'en reſtoit pas plus de trente-neuf.Eclairciſſe- EpEN, Hiſtorien de ce Voyage, touché d'une vive compaſſion pour le ſort

ment honora- de Pinteado, raconte, à la fin de ſa Relation, ce qui s'étoit paſſé entre la

bie pour ſa Cour de Lisbonne& ce vertueux Portugais. Après avoir été long-tems em-

memoire. priſonné ſur de fauſſes accuſations, il avoit obtenu la liberté, à la ſollici-tation du Confeſſeur du Roi, qui avoit fait connoitre manifeſtement ſon in-nocence. Le Roi, ſe repentant de ſa ſévérité, lui avoit accordé un Brevet deGentilhomme ordinaire de ſa Maiſon, avec une penſion,& d'autres faveurs.Ce fait eſt vérifié par le Brevet méême, qui ſe trouve inſéré dans Eden& dansla Collection d'Hackluyt,& par des Lettres autentiques de Dom Louis In-fant de Portugal, datées le 8 Décembre 1552, par lesquelles ce Prince avoitla bonté d'aſſurer Pinteado, qui s'étoit alors réfugié en Angleterre, que leRoi lui pardonnoit ſincèrement,& que non-ſeulement il avoit eu tort de ſor-tir du Royaume après ſa priſon, mais qu'il pouvoit y revenir, avec certitu-de d'y être glorieuſement employé. Eden rend témoignage qu'il a vũ P'origi-nal du Brevet& des Lettres, entre les mains de ſon ami Nicolas Lieſe, à quiPinteado les avoit Jaiſſés en partant pour le voyage de Guinée. II ajoüte quemalgré des invitations ſi avantageuſes, Pinteado n'avoit pü ſe déterminer àretourner dans ſa Patrie, ni même à ſe trouver ſans témoins dans la compa-gnie d'un Portugais, parce qu'il avoit regu des avis ſecrets qu'on en vouloità ſa vie.

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