TowrTrsox,.155.
Les Angloisachetent d'euxdu poivre.
IIs ſe que-tellent.
Marée deSaint-Vincent.
Autres re-mnarques.
Indolencedes Négrespour le tra-
Quelquesmots de leurlangue.
258 VOYAGES DESANGLOIS AUX
vit parmi eux aucune autre ſorte d'animaux que deux chévres, avec quel-ques poules.
LEs Anglois n'ayant penſé qu'à fatisfaire leur curioſité, retournèrent leſoir à leurs Vaiſſeaux: mais le Chef de la Ville ſe häata d'envoyer à leurſuite deux Négres, qui paroiſſoient être à ſon ſervice,& qui portoient deuxpetits paniers remplis de poivre. IIs firent connoître par leurs ſignes que cem'étoit que pour la montre,& que ſi l'on vouloit entrer dans la Rivière,après qu'on auroit dormi, on y en trouveroit une grande abondance. Towt-ſon ne manqua point le jour ſuivant d'y envoyer ſes deux Chaloupes. LesNégres, qui s'attendoient à cette viſite, s'étoient déja rendus ſur les bordsavec tout le poivre qu'ils avoient. Mais ils le tinrent ſi cher, qu'on ſe con-tenta d'en prendre cinquante livres. Quelques Anglois ne laiſſèrent point deretourner à leur Ville, où l'un d'entre eux eut v'indiſcrétion de prendre unegourde. Les Négres offenfés, s'arméèrent auſſi-tôt de dards& de boucliers,en leur faiſant ſigne de ſe retirer. On rendit la gourde; ce qui n'empéchapoint que les témoignages de mécontentement ne fuſſent continués, commepour faire entendre que la confiance étoit ruinée par une action de cette na-ture. Mais il y a beaucoup d'apparence que leur chagrin venoit de ce qu'onnm'avoit pas voulu prendre le poivre à leur prix.
LE vent n’'ayant pas permis aux Anglois de lever l'ancre le même jour,ils eurent Poccaſion d'obſerver que la rivière de Saint-Vincent a ſon flux&ſon reflux dans Peſpace de douze heures, mais qu'il n'eſt pas conſidérable.IIs ne virent pas l'eau remontée de plus d'une braſſe& demie. Auſſi loinque leurs yeux purent s'étendre, le Pays leur parut couvert de grands ar-bres, qui n'ont point de reſſemblance avec ceux de'Europe; mais qu'ilsn'étoient point capables de diſtinguer autrement. II y a du côté de la Merune eſpèce de pois dont la tige eſt ſi haute que Towtſon en trouva une de27 pieds(e) de longueur. IIs croiſſent ſur le ſable, comme les arbres,&fi proche du rivage, que ſur une Coôte fort baſſe, la Mer les arroſe ſouvent,comme on s'en apperçut aux traces de l'eau. Dans cette partie de l'Afrique,les arbres& tous les autres végétaux ſont continuellement verds. Le venty eſt de mer pendant le jour,& de terre pendant la nuit. Quoique cet or-dre change quelquefois, il eſt ſi régulier que l'Auteur en marque beaucoupd'étonnement.
Ox n'obſerva rien qui püt faire juger, s'il y avoit aux environs, de l'orou d'autres choſes précieuſes. La Nation eſt ſi pareſſeuſe, ou du moins ſiEloignée des entrepriſes pénibles, qu'elle ſe borne aux occupations que j'airepréſentées. Elle pourroit mêeme recueillir plus de poivre, ſi elle étoit ca-pable de ce travail; mais tout ce qu'elle avoit apporté ſur le bord de la Ri-vieère, n'alloit pas à plus de trois ou quatre tonneaux. Elle ne ſe donne pasmeéme la peine de chaſſer; quoique les bois ne manquent point de bêtes fau-ves& d'oiſeaux. Elle vit de la pêche, qui eſt un exercice plus doux. Towt-ſon a confervé quelques mots de leur langue. Bezau, Bezau, eſt leur falu-tation. Menagate à faye ſignifie, aſſez de poivre. Krakan à faye, aſſez depoules. Zeramme à faye? en avez-vous aſſez? Beg Sake, donnez-moi uncouteau. Beg Kome, donnez-moi du pain. Borke, patience, ou“]
Kou-
(e) Angl. 27 pas. K. d. E.