INDES ORIENTALES, Lvv. II. CHAr. V. 271
ble de trouver un fond où l'ancre püt s'arréter. Le 30, ils tombérent ſur laCôte de Guinée, qu'ils découvrirent à quatre lieués de la terre. Cette per-ſpective, qui leur étoit aſſez connue, conſiſtoit en trois monts, entre deuxdeſquels, au Nord, on voit deux grands arbres,& un peu plus loin, au Nord-OQueſt, un grand rocher.
AvxANT vogué quelque tems avec peu d'attention, ſans autre guide quela Côte, ils ſe crurent au-delà de la Rivière Seſto. Tandis qu'ils la cherchoient,ils découvrirent trois Vaiſſeaux& deux Pinaſſes, qui s'avangoient vers euxavec toutes leurs voiles; mais le vent étant fort bas, leur viteſſe ne répon-doit point à leurs efforts. Dans P'incertitude de leur deſſein, les Anglois ſepréparérent au combat. On s'approcha bien-tôt parce qu'on ne penſoit pointà s'éviter;&, ce qui parott fingulier dans la Relation, aucune des deuxFlottes ne s'étoit fait reconnottre à ſon pavillon. Cependant Towtſon, quine crut pas voir la fabrique des Vaiſſeaux Eſpagnols ou Portugais, dépéchaſa Chaloupe pour s'informer quels ennemis il avoit à combattre. L'explica-tion fut courte. C'étoient trois Vaiſſeaux Frangçois, qui n'ayant rien alors àdéméler avec 2'Angleterre, apprirent avec joie qu'ils avoient à faire à desAnglois. IIs demandéerent aux gens de la Chaloupe quels Portugais ils avoientrencontrés. On leur répondit qu'on n'avoit vü que des Pécheurs. IIs aſſuréè-rent qu'il étoit paſſé certains Vaiſſeaux Portugais, qui alloient au ſecours deMina; qu'ils en avoient rencontré un de deux cens tonneaux à la RiviéreSeſto, qu'ils Pavoient brülé, fans qu'il en füt échappé plus de cinq ou ſixhommes, fort maltraités par les flammes, qui étoient reſtés dans le mêmelieu fur le rivage. Les noms des trois Vaiſſeaux Frangois étoient Eſpoir, com-mandé par le Capitaine Denis Blondel, le Laurier de Rouen, commandé parJerome Baudet,& le Honfleur, commandé par Jean d'Orleans.
L.E Capitaine de l Eſpoir paſſa ſur le Vaiſſeau de Towtſon, avec pluſieursde ſes gens,& Fon s'entretint avec beaucoup d'amitié. IIs propoſèrent àTowtſon de les accompagner pour donner la chaſſe aux Portugais,& d'allerenſemble à Mina. IIl leur répondit qu'il manquoit d'eau,& qu'il ne faiſoit
u'arriver fur la Côte. Les Frangois inſiſtérent. Quoiqu'on fùt cinquante lieuẽsau-delà de la Rivieère Seſto, ils aſſuréèrent qu'il n'étoit point impoſſible detrouver de eau,& qu'ils aideroient Towtſon avec leurs propres Chaloupes.Enfin l'ayant preſſé par toutes ſortes de raiſons, ils ajoutèrent qu'ils étoientdepuis ſix ſemaines ſur la Côte,& qu'ils n'avoient pas raſſemblẽè plus de troistonneaux de poivre.
Towrsox peſa leur propoſition. II conſidéra que ſi la Còôte de Mina é-toit nettoyée par les ſeuls Frangois, ils nuiroient au profit de ſon voyage enallant avant lui;& que ſi, loin de nettoyer la Côte, ils étoient pris par lesPortugais, ceux-ci deviendroient plus redoutables pour les Anglois, d'autantplus qu'apprenant qw'ils étoient en mer, ils ne manqueroient pas de les at-tendre: d'un autre côté, que s'il alloit avec les Frangois,& qu'ils trouvaſ-ſent la Cte libre, le pis aller étoit que chacun feroit ſes affaires le plus avan-tageuſement qu'il pourroit; mais que ſi la Côte m'étoit pas libre, il ſeroĩitheureux pour lui d'avoir trouvé un fecours aſſez puiſſant pour ſe délivrer dela crainte des Portugais. Sur toutes ces réflexions, qui le tenoient en ſuſ-pens, il demanda juſqu'au jour ſuivant pour ſe déterminer. Le Capitaine Fran-FCois le pria d'aller diner le lendemain ſur ſon bord,& d'amener avec lui M.
Shire,
TowTrso N.II. Voyage.1556.
Il rencontredeux Vaiſ-ſeaux Fran-gois.
Informationquil en regoit.
Délibérationsqu'ils for-ment enſem-ble.
Civilités mu-tuelles.