II. Voyage.
Commerceà Samma.
Craintes de la
part des Portu-gais.
Les Fran-gois& lesAnglois lesbravent.
224 VOYAGES DESANGLOIS AUX
vät des Portugais, on ne fit entrer les Chaloupes dans la Rivière qu'aprèsles avoir armées pour toutes ſortes d'événemens. II ne s'y préſenta rienqui pũùt paſſer pour un obſtacle. Les Habitans furent tranſportés de joie,à la vüe de quelques Négres de Towtſon, qui étoient du mêëme lieu. Tongsne simagineroit pas combien la tendreſſe du ſang a de force parmi ces Barba-res.] Towtſon fit faire en leur préſence quelque décharge de ſa Mousquet-terie,& ayant ordonné à quelques-uns de ſes gens de deſcendre à terre avecde grands Arcs, les Négres furent ſurpris de les voir tirer aufſi loin qu'ils lefaiſoient,& ayant eſſay& de bander ces Arcs, ils ne purent pas en venir àbout. II] les fortifia contre la crainte des Portugais, en leur promettant laprotection de 1'Angleterre. IIs s'attendoit bien que ces Ennemis communs,ſeroient informés tõôt ou tard de ſon arrivée ſur cette Côte,& que les Vaiſ-ſeaux de Mina ou des autres Places, entreprendroient de lui cauſer quelqueembarras;[mais loin de craindre leur rencontre, il ſouhaitoit, autant que lesFrangois, de trouver l'occaſion de les attaquer,& de leur faire payer les pei-nes qu'ils lui avoient cauſées dans ſon dernier voyage.] Il ne comprit pasbien ce que les Négres lui apprirent d'un vaifſeau Anglois, qui étoit à Mina,o0ù il avoit ramené un Négre que les Anglois avoient pris'année dernié-re. On fit dès le méme jour quelque commerce à Samma. La part des Fran-gois fut de quarante angelots, c'eſt-à-dire, du même poids en or;& celledes Anglois, de trente.
LE 19, on deſcendit librement au rivage,& chacun eut la liberté decommercer pour ſon propre avantage. L'or parut avec aſſez d'abondance.Towtfon,] ſans ſwavoir quel avoit été le profit des Frangois,] ſe trouva leſoir quatre livres& deux onces d'or. Shire, Capitaine du Hart, ne s'entrouva que trente deux(5) onces.[Le prix étant réglé en commun, c'ο-roit le bonheur ou l'adreſſe qui décidoit de l'avantage.] Mais vers le foir,on fut averti par les Négres, qu'il avoit paru des Portugais du côté desbois,& qu'apparemment ils ſe feroient voir le lendemain ſur mer ou furterre. En effet lorſque les Chaloupes ſe diſpoſoient à rejoindre la Flotte,on entendit tirer quelques coups de fuſil à entrée des bois. Ce ne pouvoitetre que les Portugais; mais ils n'oſèrent s'approcher de la Rivièere,& leureſpérance étoit fans doute, d'effrayer les Negres,& de leur faire interrom-pre le commerce.
LEs Officiers des deux Nations réſolurent d'éclaircir cet incident& defaiſir'occaſion pour braver les Portugais. Ils mirent dans les cinq Chaloupes& dans une grande barque Frangoiſe tout ce qu'ils avoient de gens aguerris,avec quelques piéces de canon, quatre Trompettes, une paire de timbales& un fifre. Entre les Soldats, il y en avoit douze qui auroient ſervi d'Offi-ciers au beſoin,& les autres brüloient de ſe faire la même réputation(c).IIs étoient tous parfaitement armés. Les Chaloupes& les Barques étoientparées de petites voiles de ſoye& d' autres ornemens. Dans cet équipage onremonta la Riviêre au bruit des inſtrumens, tandis que la Flotte ſè tint àFembouchure,& Pon recommenga le commerce avéec une contenance fer-me& tranquille. II ne parut aucun Portugais; mais les Négres aſſurérent
qu'il
(b) Angl. vingt-une. R. d. E. Caſques& de Corcelets,& les autres étoient
(c) Angl. il y en avoit douze couverts de bien armés. R. d. E.
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