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Tome premier.
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348
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IREENWIILI.1591.Combat ſans

éxemple.

Greenwilleſt bleſſé.

Son dẽéſeſ-poir.

II demandedes conditionsqui lui ſont ac-cordées.

348 VOXAGESDESANGLOIS AUX

Gens animés par ſon courage, lui promirent tous de mourir les armes à lamain. On vit commencer un combat ſans éxemple. Les Eſpagnols du Saint-Philippe savancérentſ d' abord avec peu de précaution,& moins préparés auocombat qu'au pillage;] mais ils reconnurent bientòt ce qu'ils avoient à crain-

dre du déſeſpoir;[ils furent ſi maltraités, qu'on dit qu'ils furent coulés à s

fond; mais Raleigh en doute.] Laction dura quinze heures, avec un carnageſi effroyable, qu'ils furent obligẽés de faire venir de leurs autres Vaiſſeaux unrenfort de Soldats, pour remplacer leurs bleſſés& leurs morts;[quand unde leurs Vaiſſeaux étoit repouſſé, un autre prenoit ſa place;& Greenvill eutà combatre ſucceſſivement contre plus de quinze de leurs plus grands bäti-mens; Il en coula deux à fond& faiſant toũjours face de tout côté, il re-pouſſa ceux qui voulurent en venir à Pabordage.] D'environ deux cens hom-mes, fains ou malades, les Anglois en perdirent[cent] quarante;& quoi-&Æque leur poudre fůt épuiſfée, les armes en piéces, le Vaiſſeau preſqu'abyſmé,ce reſte, couvert de ſang& de bleſſures, rejettoit encore toute ombre decompoſition, lorſque le Chevalier Greenwill fut bleſſé à la téte d'un coupde mouſquet. Ce n'toit pas le premier coup qu'il eut eſſuyg; mais celui- cile mettant hors de combat, il propoſa aufſi-tt d'employer le peu de pou-dre qui lui reſtoit à ſe faire ſauter, ou d'élargir aſſez les ouvertures du Vaiſ=ſeau, pour le faire couler à fond. Une partie de ſes Compagnons applau-dirent à ce deſſein. D'autres lui repréſentéerent qu'il ne pouvoit ſacrifier inu-tilement ſa vie& celle du petit nombre de braves gens qui reſtoient, ſansoffenſer le Ciel,& ſans faire tort à la Patrie. Le Capitaine& le Pilote em-braſſérent ce ſentiment. IIs lui firent eſpérer que les Eſpagnols ne ſeroientpas inſenſibles à la valeur,& qu'aprés avoir connu ſi parfaitement la ſien-ne, ils le traiteroient moins en Prifonnier qu'en Héros. A l'égard du ſer-ment qu'il avoit fait, de ne point ſouffrir, tant qu'il lui reſteroit une gouttede fang, que ſon Vaiſſeau pùt être employé au ſervice des Ennemis de l-An-gleterre, ils lui firent conſidérer que dans l'état où ce Bäàtiment étoit réduit,II ne falloit plus craindre qu'il ſervit à perſonne. Greenwill parut ſourd àtoutes ces raiſons,& dans l'opinion qu'il avoit du caractére des Eſpagnols,il demandoit à ceux qui vouloient ménager ſa vie, sils ne valoit pas mieuxla perdre glorieufement, que de la paſſer à la rame, ou dans les horreursd'un cachot(c). Mais pendant ce débat, le Pilote ſe fit conduire versDem Alfonſe Bacan, Amiral de la Flotte Eſpagnole. II lui déclara que dansle déſeſpoir où les Anglois étoient réduits, il ne falloit pas sattendre à leurfaire abandonner les armes ſans une compoſition honorable:& proteſtantqu'ils m'attendoient quc ſon retour pour ſe faire ſauter avec leur Vaiſſeau, ildemanda deux articles, qui lui furent accordés; l'un, qu'ils ſeroient eéxemptsde toutes ſortes de violences,& même d'empriſonnement; l'autre, qu'onconviendroit d'une rangon raiſonnable,[pour laquelle on ſe contenteroit de ela parole du Chevalier Greenwill& des autres Officiers Anglois.] En con-ſentant à ces deux propoſitions, Dom Alfonſe marqua la plus haute eſtimepour de ſi braves Ennemis; il s'engagea même à leur en donner d'autrestémoignages par le ſoin qu'il feroit prendre des bleſſées,& par les hon-

neurs

(c) Ici commence Ia 2e. Scction de 1'Original. R. d. E.