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Tome premier.
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355
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INDES ORIENTALES, Lvv. IHI. Cnar. XIV. 355

ErrE Stoit dans cet état, lorſqu'elle arriva aux Iles Agores le 5 ou le6 Frxxv-de Septembre, à la réſerve de quelques Marchands, que le vent, ou dau- I1591.tres raiſons avoient conduits plutöt à Tercère, deux deſquels tombêrent en- Nombre des

Ptre les mains de Flyke. Mais[aprées avoir battu les Anglois à Flores,] elle.eaeeh.eſſuya une nouvelle tempête,& dautres diſgraces, qui la diminuèrent preſ- Epagne.que de la moitié; de forte que de cent trente-trois Vaiſſeaux qui étoient par-mies cette année de'Eſpagne, pour les Indes Occidentales, il men revint quevingt-cinq.

—ꝙ[L.IE même Ecrivain raconte, ſur la foi des Eſpagnols qui avoient été prisdans la Conception, qu'un Religieux Franciſcain, Aumõnier de l'Amiral Eſpa-“gnol, prédit les tempètes dont la Flotte étoit menacce. Mais les raiſons qui a-voient echauffé ſon zele juſqu'à le rendre capable de penétrer dans l'avenir, ne Aesse sfont pas beaucoup d'honneur à la diſcipline qui régnoit alors ſur les Vaiſſeaux débauches desd'Eſpagne. Ce ſaint Religieux remarquant avec ſurpriſe que dans tout I'E- Matelots Ef.quipage il n'x avoit preſque perſonne qui fit uſage de ſon miniſtère, entre- pagnobs.prit d'approfondir la cauſe de ce relächement. II découvrit qu'entre les Eſ-claves qui étoient fur les Vaiſſeaux, il y en avoit un grand nombre qui fai-ſoient un infame trafic de leur corps,& que la plpart des Eſpagnols ꝙ trou-voient de l'amufement. N'ayant point afſez d'autorité pour arréter le dé-ſordre, il sadreſſa d'abord aux principaux Officiers; mais la plüpart étantſouillés du même vice, il les trouva peu diſpoſés à l'écouter. II prit Ie par-ti de porter ſes plaintes à l'Amiral, qui lui répondit froidement qu'il y avoitdes maux néceſſaires, que la prudence& la charité méeme devoit faire ſup-porter. Alors n'coutant plus que ſon zéle, il réſolut d'attaquer ouverte-ment ceux qu'il avoit reconnus les plus coupables. Ses invectives tombéerentindifféremment ſur les Officiers& les Matelots. Mais la honte du reprochene toucha pas fort vivement des Pécheurs endurcis. Ce fut à cette extrẽmi-té que le Franciſcain s'armant d'un Crucifix, déclara, non-ſeulement auxcoupables, mais à ceux-mêemes qui fouffroient le crime avec le pouvoir dePempécher, qu'ils étoient à la veille d'eſſuyer les plus rudes chatimens du Ciel.En effet, au milieu de la plus heureuſe navigation, la Flotte eſſuya une affreu- Elle ſe vériſie,ſe tempéte, qui fut accompagnée de tous les malheurs que jai rapportés.

LAuvTEUR Anglois conclut que les mêmes vices devoient être réẽpandusſur plus d'un Vaiffeau, puiſqu'il en périt un ſi grand nombre. Cette ré- Zele& cha-fléxion peut être vraie, quoiqu'elle paroiſſe peu ſérieuſe; mais il n'y a pas rité dumémeplus de vérité que de décence dans celle qu'il fait enfuite fur le fort du Moine.Franciſcain, qui ne fut pas excepté du chaàtiment du Ciel dans le naufragede fon Vaiſſeau. Ce Religieux effrayé lui-même de léxécution d'un oraclequi n'étoit peut-Stre dans ſes propres idées qu'un excés de zêle, s'efforgad'abord de fléchir le Ciel par ſes prieres; mais lorſqu' il vit le Vaiſſeau prétà s'ouvrir,& ſa perte inévitable, il oublia le danger, pour ſe livrer à tousles éxercices de la charité. Quelques Matelots échappeés au naufrage, à lafaveur de pluſieurs poutres qur leur firent gagner un autre Vaiſſeau, rendi-rent témoignage qu'il avoit ſoütenu juſqu'au dernier moment le caractèred'un Héros Chrétien. II paroit ſurprenant qu'après avoir rapporté toutesces circonſtances, le même Ecrivain puiſſe en prendre droit de ravaller, parde froides railleries, une action qui a peut-tre plus de grandeur& de véri-table nobleſſe que la valeur déſeſpérée du Chevalier Greenwill.]

Nv 2 CHA