Erreur favo-rable aux Eſ-pagnols.
Deux richesVaiſſeaux Egpagnols.
358 VOYAGES DESANCGLOIS AUX
torze Vaiſſeaux des Indes Occidentales, chargés de cochenille, de cuirs,d'or, d'argent, de perles,& d'autres marchandiſes précieuſes. Cette Flotten'étoit que le reſte de cinquante Vaiſſeaux qui étoient partis de la Havane. Onzeavoient été ſubmergés, en ſortant de ce Port, par une tempéte ſi furieuſe„[que le ſouvenir s'en conſerve encore en Eſpagne;]& les autres ſe trouvdient o.diſperſés dans limmenſe étendue des Mers. Il en revint quelques- uns auPort d'Angra, mais ſi maltraités par les flots, qu'il en périt un à P'entrécde la Rade(4), fans qu'on püt rien ſauver de ſa cargaiſon, qui étoit eſtiméedeux cens mille ducats. D'autres furent pris par les Anglois. Le corps de laFlotte remit à la voile avec de meilleures eſpérances; mais en approchantde la Côte d'Eſpagne, elle tomba dans celle de'Amiral Drake, qui en pritdouze; de forte que d'un ſi grand nombre de Vaiſſeaux il n'en arriva quedeux en Eſpagne.
LE Comte de Cumberland paroiſſoit ſouvent ſi proche de Tercére,& dela Rade même d'Angra, qu'on pouvoit compter ſes gens ſur les ponts. LesEſpagnols& les Portugais ſembloient craindre de Firriter par les moindreshoſtilités;& ne ſe croyant point en füreté dans le Port, ils évitérent avecune attention continuelle tout ce qui pouvoit lui faire nattre la réſolutionde les y forcer. †¶ Quel avantage les Anglois n'auroient-ils pas tiré de leur g.conſternation, s'ils en avoient été mieux informés? Mais ils ſe figuroient aucontraire que c'étoit pour eux-mêmes qu'ils avoient des périls à redouter;&, parmi tant de Vaiſſeaux ennemis, ils s'applaudiſſoient du courage quileur faiſoit riſquer d'être accablés par le nombre, pour en prendre quelqués-uns qu'ils trouvoient écartés, ou maltraités par la mer. Cette erreur fut ſifavorable aux Eſpagnols, qu'elle ſervit à leur faire ſauver quantité de ri-cheſſes.] Peu de jours aprés que le Comte de Cumberland eüt quitté Fyal,il y arriva ſix Vaiſfeaux des Indes, ſous la conduite de Dom Juan Dorives,qui y débarquêérent quatre millions en or& en argent. Enſuite, craignantle retour des Anglois, ils prirent le parti de ſe remettre en mer avec leurstréſors,& la fortune leur fit gagner heureuſement San-Lucar. Leur bonheurfut d'autant plus étrange, que deux jours apréès, le Comte reparut à Fyalavec toute ſa Flotte.
IIL arriva au Port de Tercère deux grands Vaifſeaux, qui étoient l'Amiral& le Vice-Amiral d'une Flotte diſperfée, tous deux chargés d'une prodi-gieuſe quantité d'or& d'argent. Ils avoient été ſéparés de leur Flotte par deſi affreux orages, que, de leur propre aveu, ils avoient ſouhaité mille foisde tomber entre les mains des Anglois,& d'y pouvoir racheter leur vie auprix de toutes leurs richeſſes. Le Comte de Cumberland, qui m'avoit pointalors d'autre occupation que de croiſer entre les Hles, n'eut pas le bonheurde tomber ſur une proye ſi riche. Apreés des peines incroyables, ils entrèrentdans le Port d'Angra, ouù la crainte de ne pouvoir réſiſter plus long-tems auxflots, ſi prés même du rivage, leur fit prendre le parti de ſe ſoulager auſſi-töt de leur cargaiſon. Linſchoten rend témoignage que le Quai ſe trouva
couvert
(4) LE'Original dit que ce Vaiſſeau, qui a- ce; enfin elle depécha au ſecours de ce Vais-voit 12 piêèces de Canon, fut attaqué par un ſeau, deux Chaloupes, qui n'arrivèrent qu'a-Batiment Anglois, qui n'en avoit que trois. près qu'il eut recu un coup de canon qui leLe combat ſe livra à la vüge de la Flotte de coula à fond. Les Anglois en ſauvérent le Ca-Goa, qui reſta long-tems tranquille ſpectatri- pitaine,& trente hommes de l'équipage. R. d. E.