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Les Qu 2-quas paſſion-nés pour leCommerce.
Leurs dé-ſiances.
Circonſtan-ces rapportéesdifféremmentpar Villault.
75 vOYAGES AU LONG DESCOTES
leux,& chacun trouve ainſi le moyen de vendre ſes marchandiſes. Versla fin du mois d'Avril, les Canots enchanteurs laiſſent à la Mer la liberté des'agiter à ſon gré,& les Marchands ſe hàtent de regagner chacun leur Can-QuErouE jugement qu’on veuille porter des Négres de cette Côte, il eſtcertain qu'ils ſont paſſionnés pour le Commerce. S'ils appergoivent un Vaiſ-ſeau ſur la Côte, ils commencent par l'obſerver ſoigneuſement,& lorſqu'ilscroient leur confiance bien établie, ils s'empreſſent de porter à bord des pro-viſions, de l'Or, de Xvoire& des Eſclaves, pour leſquels ils regoivent, enéchange, des marchandiſes de l'Europe. II eſt toꝑjours plus sür de les at-tendre, que de tranſporter des marchandiſes au rivage, parce qu'avec la pré-caution de n'en recevoir à la fois qu'un certain nombre ſur le tillac, on necourt aucun danger; au-lieu qu’'à terre ils ſont les plus forts,& peuvent aiſé-ment ſuccomber à la tentation d'égorger les Marchands, pour ſe ſaiſir de leursbiens. Mais comme il leur reſte toüjours de linquiétude, ils obligent le Ca-pitaine Européen de ſe mettre dans l'œil un peu d'eau de Mer; ſerment re-doutable dans leur idées, apres lequel ils s'approchent du Vaiſſeau beaucoupplus librement. IIs ſont perſuadés que celui qui violeroit ſa promeſſe, aprèscette cérémonie, perdroit aufſi-tõòt les yʒyeux. Mais quoique de leur côté, ilsne manquent pas de s'engager par le même lien, l'Auteur conſeille de nerien négliger(g) pour ſe garantir de la fraude& de la ſurpriſe. Barbot ob-ferve aufſi que lorſqu'ils approchent des Vaiſſeaux, ils trempent la main dansFeau ſalée& s en font diſtiler quelques goutes dans les yeux; ce qui ſignifiequ'ils aimeroient mieux perdre les yeux(b) que de bleſſer la bonne-foi duCommerce(i).VITIAUIIT repréſente cette pratique avec quelques circonſtances différen-tes. H raconte qu’'à leur arrivée, le Capitaine doit fe préſenter pour les rece-voir;& qu'alors mettant un pied ſur l'échelle du Vaiſſeau& tenant Pautrefur leur Canot, ils prennent dans la Mer une poignée d'eau, qu'ils jettentau viſage du Capitaine. Ceeſt la plus forte affürance qu'ils puiſfent donner
de leur amitié& de leur bonne-foi. IIs ſont ſi attachés à cette Superſtition,
qu’'ils n'entreroient pas(X) dans un Vaiſſeau ſans Pavoir obſervée;&lorſqu'ils veulent affͤrer quelque choſe, ou'atteſter ſolemnellement, ilsemployent la même cérémonie. On prétend que, depuis pluſieurs années, lesHabitans de la Cête du mauvais Peuple ont abandonné cette formule deſerment,& qu'elle ne ſubſiſte plus qu'à la Rivière de S. André, au Cap-Apollonia& au Cap-Laho. Dans les autres Cantons, les Négres ſe con-tentent d'éxaminer curieuſement un Vaiſſeau qui arrive, d'en faire plu-ſieurs fois le tour dans leurs Canots, en conſidérant ſa fabrique&'habille-ment des Matelots;& s'ils croient reconnottre qu'on leur réponde en Fran-gois, ils viennent à bord ſans aucune défiance(1).
CxsT.
(f) Barbot. pag. 143& ſuiv.(i) Atkins, pag. 73. II ajoùüte qu'ils pren-
(&) Villault, pag. I15. II dit au contraire, nent auſſi de l'eau dans la bouche,& que ſi ledans un autre endroit(pag. 187.) qu'on peut ſe Capitaine du Vaiſſeau n'imite pas leur action,fier à eux après cette cérémonie.[Voyez auſ-ils ſe retirent& renoncent au Commerce.i Des Marchais, FVoyage en Guinee. pag. 102].(¼) Villault, pag. 116.
(⁵) Barbot, ubi ſup..(1) Des-Marchais, ubi ſup.