NEüGRESDE LA
CoôrzEz D'On.
Qaturels
Leur fiertéà l'égard deleurs Infé-
rieurs.
Bofman lespeint avec peud'avantage.
Leur inſenfi-bilité pour lesEvénemens.
1865 VvOYAGES AULONG DEsS CGCTRS
ter d'étre arrêtés, ne balancent point à ſe précipiter dans les flots. Is ſéſauvent à la näge; mais on eſt für qu'ils ne reparottront plus à bord(†).
DEBS-MARCHAIs, pour peindre leur avidité, dit qu'ils croyent(g) fai-re un préſent conſidérable aux Européens en leur offrant quelques fruits,&qu'ils paroiſſent fächés s'ils n'en regoivent pas dix fois la valeur.
VILILAuLT leur donne une mémoire furprenante. Quoiqu'ils ne ſçachentni lire ni écrire, ils conduiſent leur Commerce avec la dernière éxactitude.Un Négre ménagera, ſans aucune erreur, quatre ou cinq marcs d'Or entrevingt perſonnes, dont chacune a beſoin de cinq ou ſix ſortes de marchandi-ſes. Leur adreſſe ne paroit pas moins dans toutes les fonctions du Com-merce. Mais, au-milleu méême des ſervices qu'ils vous rendent, ils ſontd'une hauteur& d'une fierté fingulieéres. IIs marchent les yeux baiſſés, ſansdaigner les lever autour d'eux pour regarder ce qui ſe préſente,& ne diſtin-guent perſonne s'ils ne ſont arrétés par leurs Maitres ou par quelque Offi-cier ſupérieur. A ceux qu'ils regardent comme leurs inférieurs ou leurségaux, ils ne diſent point un ſeul mot; ou s'ils leur parlent, c'eſt pour leurordonner de ſe taire, comme s'ils ſe(h) croyoient déshonorés de converſeravec eux. Cependant ils ne manquent pas de complaiſance pour les Etran-gers; mais elle vient moins d'humilité, que de l'eſpérance de s'attirer lesmémes témoignages de conſidération. IIs en ſont ſi jaloux, que leurs Mar-chands, qui font tous à la vérité du corps de leur Nobleſſe, ne marchent pointſans être ſuivis d'un Eſclave, qui porte une ſellette derriére eux, afin qu'ilspuiſſent s'aſſeoir lorſqu'ils rencontrent quelqu'un à qui ils veulent parler. CesChefs de la Nation traitent le commun des Négres avec beaucoup de mépris.Au contraire ils s'efforcent de marquer toutes ſortes de reſpects aux Blancsde quelque diſtinction;& rien ne paroit égal à leur joie lorſqu'ils en regoi-vent des civilités.
BosMaN ne fait point une peinture avantageuſe des Négres de Guinée(¹). IIl les traite fans exception de trompeurs& de vilains, auxquels il n'eſtjamais prudent de prendre la moindre confiance,& qui rapportent tous leursſoins à tromper les Européens. Un Neégre honnéte-homme, dit-il en badi-nant ſur le nom, eſt en effet un Merle blanc. Leur fidélité nes'étend pas àd'autres qu'à leur Maitre. Encore n'ont-ils pas d'autre frein que la craintedu chätiment. IIs ne ſont pas plus touchés de l'adverſité que de la bonne
fortune.[¶ Toutes les marques de triſteſſe qu'ils donnent, conſiſtent à couvrir,&
à raſer leur téte.] Focquenbrag les a peint parfaitement, lorſqu'il a dit d'euxqu' ils ſe rẽjouiſſent au milieu des Sépulcres,& que s ils voyoient leur Pays en flam-mes, ils le laiſſeroient brüler, ſans interrompre leurs chants& leurs danſes. Ona déja fait obſerver qu'avec toute P'avidité qu'ils ont pour acquérir, ils neparoiſſent point affligés de perdre;& qu'on pourroit leur enlever tout leurbien ſans leur Öter un quart d'heure de repos.
Ux des plus odieux traits de leur caractéere, c'eſt qu'ils ne ſont capablesd'aucun ſentiment d'humanité& d'affection. Villault rapporte qu'à peineſoulageroient-ils d'un verre d'eau, un homme qu'ils verroient mortellement
bleſſé,(F†) ELe méme, pag. 18.& ſuiv. mandent ici ſi les Européens ne reſſemblenr(&) Des-Marchais, Vol. I. pag. 138. pas à cette peinture.(²) Les Auteurs Anglois du Kecceil de-(i) Boſman;, pas. 1172