Corzs DESESOL AvEs.
Danger d'un
Négre d'A-
quambo.Familiarité
des Serpens
dans les mai-ſons.
Avanture deBoſman.
gaa VvOYAGES AUILONG DES CGTus
de Juida, prit un Serpent ſur ſon baton, parce qu'il n'õfoit y toucher ge lamain,& le porta dans ſa cabane(1), fans lui avgir caufé le moindre mal.Il fut appergu par deux Négres du Pays, qui poufférent aufſi-têt des cris af-freux,& capables de ſoulever tout le Canton. On vit courir à la Place pu-blique un grand nombre d'Habitans, armés de maſſues, d'épées,& de za-gaies, qui auroient maffaeré fur le champ le malheureux Aquambo, ſi le Roi,informé de ſon innocence, meüt envoyé quelques Seigneurs pour Parracherà cette troupe de furieux.
Qvoraur les Serpens ne ſoient pas capables de nuire, ils ne laiſſent pasc'etre fort incommodes, par'excès de familiarité à laquelle ils s'accotament.Dans les grandes chaleurs, ils entrent quelquefois, cinq ou ſix enſemble, juſ-qu'au fond des maifons; ils ſe gliſſent ſur jes chaiſes, ſur les bancs, ſur lestables,& méme dans les lits. S'ils trouvent dans un lit, qui n'eſt pas bienremué, quelque place ouù ils puiſſent ſe nicher, ils y demeurent cinq ou ſixjours entiers,& ſouvent ils y font leurs perits. A la vérité, Fembarras n'eſtpas grand pour s'en defaire. On appelle un Négre, qui prend doucement fesFétiches,& qui les met à la porte. Mais s'ils ſe trouvent places ſur quelqueſolive, ou dans quelque lieu élevé des maiſons, quoiqu'elles ne foient ici quec'un ſeul étage, il n'eſt pas aiſé d'engager le Négre à les en chaſſer. Oneſt obligs fort ſouvem de les y laiſſer tranquilles, juſqu'à ce qu'ils en for-tent d'eux-mêémes(m). Suivant Barbot, loriqu'un Neégre eſt fatigus de voirtrop longtems quelqu'un de ces Dieux dans ſa maiſon, il appelle le Prétrevoifin, qui doit le porter au Temple du grand Serpent;[& ſi on lui deman-.de ou il fe propoſe de le mettre, il ne manque pas de répondre qune le Ser-pent ſgaura bien ſe conduirg à la place ou il veut être(n).] Mais en ſuppo-ſant, avec Boſmman, qu'il foit permis aux Négres de les tirer de la malſon
chun Blanc, on a peine à concevoir pourquoi il m'auroit pas la même libertédans la ſienne.
Un Serpent ſe plaga un jour au-deffus de la table, ou Boſman étoit ac-coutumé à prendré ſes repas;& quoiqu'il fut à la portés de la main, il neſe trouva perfonne qui eut la hardieſſe d'y toucher. Plufieurs jours apréès,Boſman eut à diner chez lui quelques Seigneurs du Pays. On parla du Serpent.II leva les yeux fur celui qui&toit au-deſſus de ſa téte;& ſe faiſant remar-quer à fes Hotes, il leur dit que ce pauvre Fétiche n'ayant pas mangé depuisdouze ou quinze jours, étoit menacé de mourir de faim, siil ne changeoitde quartier. Iis répondirent qu'ils le croyoient plus ſenſé,& qu'il ne falloitpas douter qu'en fecret il ne trouvàt le moyen de s'approcher des plats. Laraillerie ne fut pas pouſſée plus loin. Mais le jour ſuivant, Boſinan ſe plai-ſüüt au Roi, devant les mêmes Seigneurs, qu'un de ſes Fétiches eüt pris la
ardieſſe de manger depuis quinze jours à ſa table ſans étre invité. II ajoũtaP.r ſi cet effronté paraſite ne payòit pas quelque choſe pour ſa penſion&on logement, les Hohandois feroient forces de le congédier. Le Roi, quĩaimoit cette eſpéce de badinage, le pria de laiſſer le Fétiche tranquille,&promit de contribuer à ſa ſubfiſtance. Dés le ſoir, il envoya un bœuf gras àBoſman(°).
LES
(1) Angl. hors de ſfa cabane. R. d. E.(n) Barbot, ubi ſup. pag. 242.(m) Boſman, ubi ſup. pag. 377.(e) Boſman, pag. 378.