CoTrEDESEscLAvEs.
Diminutionde ferveurdans le Roi.
Revenu quele Roi tire duculte du Ser-pent.
Filles aiméespar le ſerpent.
Elles ſontrenferméesdans un édifi-ce particulier.
Explicationdu myltére.
390 VONXAGES AU LONG DES COTPS
ils diſtribuoient de riches préſens aux Seigneurs de leur Cour,& l''uſage lesengageoit ainſi dans des dépenſes exceſſives. Le Roi qui occupoit le Tröne,du tems de ce Voyageur, ſe laſſa d'un joug ſi peſant;& F'interruption d'uneannée devint comme une régle pour les années ſuivantes. Dans la derniereProceſſion que ce Prince avoit faite au Temple du Serpent, l'Auteur appritqu'au grand ſcandale des Européens, il avoit été accompagné d'un CapitaineFrangois, nommé Ducas, qui m'avoit pas fait difficulté de ſe revêtir d'unepeau de tygre,&d'autres ornemens du Pays, pour ſuivre le Roi dans ce po-lerinage. Aujourd'hui ce Prince laiſſe le ſoin des cérémonies à ſes femmes;ce qui le diſpenſe d'une infinité de frais, qu'il ne pouvoit éviter lorſqu'il s'ytrouvoit lui-mêẽme.
CEPENDANT le revenu qu'il tire de ce culte n'eſt pas tout-à-fait mépri-ſable. Tous les ans, depuis Ie tems où l'on ſéme le maiz, juſqu'à ce qu'il ſoitGlevé de la hauteur d'un homme, le Roi& les Prêtres, dit le même Auteur,
profitent ſucceſſivement de la ſuperſtition publique. Le peuple, dont la cré-
dulité n'a pas de bornes, s'imagine que dans cet intervalle le Serpent ſe faitune occupation, tous les ſoirs,& péendant la nuit, de rechercher toutes lesjolies filles pour leſquelles il congoit de Pinclination,& qu'il leur inſpire uneeſpece de fureur, qui demande de grands ſoins pour leur guériſon. Alorsles parens ſont obligés de mener ces filles dans un édifice quſon bãtit près duTemple, ou elles doivent pafſer pluſieurs mois pour attendre le rétabliſſe-ment de leur fanté. IIs leur fourniſſent pendant cette retraite toutes les pro-viſions néceſſaires à leur ſubſiſtance;& le zéle eſt ſi grand pour cette con-tribution; que les Prêtres n'ont pas beſoin alors d'autre ſecours pour leur en-tretien. Lorfque le tems des remedes eſt expiré,& que les filles ſe croyentguéries d'un mal, dont elles n'ont pas reſſenti la moindre atteinte, elles ob-tiennent la liberté de ſortir; mais cce n'cſt qulaprèo avoir Payeé les frais prẽ-tendus du logement,& des autres ſoins. Lune portant Fautre, cette dépen-ſe monte à la valeur de cinq livres ſterlings;& comme le nombre des pri-ſonnières eſt tonjours fort grand(½), la ſomme totale doit être conſidéra-ble. Chaque Village a ſon édifice particulier pour cet uſage,& les plus peu-ples en ont deux ou trois. L'opinion du peuple eſt que toutes ces ſommes ap-e. au Serpent; mais 1'Auteur aſfüre que le Roi en tire la meilleureart(1).h Daxs le premier Voyage que Boſinan nt mur Cetsaate. on Iui raconta qu'uneflle mavoit pas été pluůtot touchée du Serpent, qu'elle devenoit furieuſe. IIcompare cette fureur à celle des anciennes Bacchantes, ou des Prétreſſes quĩrendoient les Oracles. On T'aſfüra que dans leurs tranſports elles briſoientrout ce qui tomboit ſous leurs mains,& que juſqu' au moment qu'elles étoientrenfermées, elles commettoient mille actions Diaboliques. Aux doutes qu'ilrémoignoit ſur la vérité de ces récits, on répondoit qu'il ignoroit toute lapuiſſance du Serpent,& que ce grand Fétiche étoit capable de faire venirune fille à lui, avec quelque ſoin qu'on pt la lier ou enchainer dans ſa
maiſon. Mais un Négre aſſez ſenſé, dont 1 Auteur s attira la confiance& Fa-1 mitié,
(k) Boſman, ubi ſup. pag. 371. avec quelques circonſtances difféerentes, Vol.(1) Des-Marchais raconte la mêéme choſe, H. pag. 171.