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Tome cinquième.
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CôörTrE DESEKscLAVEs.

Audiencesdes Grands.

Excès de leurHumiliation.

Ils n'en ſontpas moins in-dépendans.

81 0%0 vOY AGES AULONG DES CGTES

doration. Enſuite, ils s'avancent en rampant juſqu'au licu d'où il regoit leurhommage,& répétent la même formule de compliment. Un mot de ſa bou-che les fait trembler. Mais aufſi-têt qu'il a tourné la tête, ils oublient leurfrayeur;& ne ſe ſouvenant pas mieux de ſes ordres, ils ſe flatent de pouvoirFappaiſer, ou Ie tromper par quelques menſonges(7).

SuIVANT Des-Marchais, ils avancent en rampant, juſqu'à ce que le Roifrappe des mains pour leur donner la permiſſion de parler. IIs s'expliquentalors, mais d'une voix baſfe, en peu de mots,& le viſage ſerré contre terre.Perſonne, dit le même Auteur, ſans en excepter les Grands du Royaume,n'eſt éxempt de cette humiliation ſervile. Le Grand Capitaine du Palais&le Grand-Sacrificateur ont la liberté d'entrer dans l'appartement du Roi, †en demander la permiſſion; mais ils ne peuvent lui parler qu'’avec la mêmecérémonie.

LàAUDIENCE qu'il accorde aux Vicerois mêmes diffère peu, pour le fond,de celle des autres Sujets. Un Viceroi qui veut faire ſa cour, ou communi-quer quelque choſe à ſon Maitre, commence par lui faire demander la per-miſſion de ſe rendre au Palais. Aprées Pavoir obtenue, il part accompagné, ouplùtôt eſcorté de tous ſes gens armés, avec ſes Trompettes, ſes Tambours,&ſes Flütes. En arrivant à la première porte, ſes Mouſquetaires font leur dé-charge, ſa muſique fait entendre le bruit des Inſtrumens,& le reſte de ſafuite pouffe des cris de joie. II entre dans la premiêre cour avec tout ſonmonde; mais C'eſt pour s'y dépouiller de ſes Habits, de ſes Bracelets, deſes Bagues,& de fes autres Ornemens. II ſe couvre d'un pagne groſſier, deroſcaux, ou de joncs;& dans cet état, il eſt conduit par les Officiers du Pa-lais Royal juſq́u'à la Porte de la Salle d'Audience, ouù il ſe proſterne comme leplus vil Sujet. IIl ſe retire avec les mêmes témoignages de reſpect& d'humi-lité. Dans l'intervalle, tous les gens de fon cortege, qui Pattendent au milieude la première cour, y demeurent proſternés le viſage contre terre. Lorfqu'illes a rejoints, il reprend ſes habits,& donne avis au Roi de ſon départ parle même bruit de ſa mouſquéterie& de ſa muſique, qui avoit annoncs ſon ar-rivée(r).

LEs embarras, ou Phumiliation dée ce cérémonial, rend les viſites desGrands fort rares, s'ils n'y font forcés néceſfairement par l'ordre du Roi, cupar leurs propres intéréts. On auroit peine à nommer, dans'Univers, unPays où la dépendance des Grands ſe faſſe moins fentir d'ailleurs, que dansle Royaume de Juida. Non-ſeulement ils partagent le Gouvernement avec leRoi; mais ce même Prince, qu'ils traitent avee tant de reſpect; n'a pas l'au-torité de ſe méler de leurs querelles particuliéres(), ou n'y entre du moinsqu'à titre de Médiateur. Si leurs gens s'allarmoient de la longueur d'une Au-dience,& commengoient à craindre qu'il m'arrivàt quelque diſgrace à leurMattre, ils forceroient la Garde du Roi,& perdroient bien-tõôt le reſpectqu' ils doivent à la Majeſté Royale. Comme les Gardes du Palais ne ſurpaſſenspoint le nombre de cent,& que les Grands ne paroiſſent jamais dans ces oc-caſions ſans un cortége de ſix ou ſept cens hommes, le Roi n'auroit pas la

8 hardieile

(2) Boſman, pag. 365. ſulv.(F) Des-Marchais, Vol. II. pag. 44.&() Le méme, pag. 200.