RovxAuM.e.D'ANGOLA.
Maladiescommunes du
Pays.
Bitios de Kis.
Remédes.
348 VOYAGES AU LoNc DES COTES
ſéparée de ſon mari juſqu'à ce que la Nature ait donné quelques dents à ſomfruit. Enfuite tous les parens& les amis des deux féxes le portent de maiſonen maiſon, au bruit de leurs chants& de leurs Inſtrumens de muſique, pourdemander des préſens, qui leur ſont rarement refuſés(y).
LoFFicE des femmes eſt d'acheter, de vendre,& de faire au dehors toutce qui eſt le partage des hommes dans la plupart des autres Pays; tandis queleurs maris, gardant la maiſon, ſont occupès à filer, à fabriquer leurs étof-fes& à d'autres ouvrages de la méême nature. Elles portent ſi loin la jalouſie,que s'ils parlent un moment à quelqu'autre femme, elles entrent en fureur&font retentir leurs cris(2). Battel leur attribue le bizarre uſage de tournerle derriére à la Lune naiſfante, pour lui marquer leur mépris& leur haine,parce qu'elles regardent cette Planette comme la cauſe de leurs infirmités pé-riodiques(a).
LEs mauvaiſes qualités de l'air produiſent ici diverſes maladies, particulié-rement des fiévres ardentes, qui cauſent la mort dans l'eſpace de quelques heu-res, ſi Pon n'a pas recours à de fréquentes ſaignées. Les maladies Vénériennesſont ſi communes dans la Nation, qu'elles ne paſſent point pour une diſgracehonteuſe. On m'y apporte point d'autre reméède que des onctions extérieures& Fuſage de quelques Simples; mais un ſecours ſi foible n'empéche pas qu'el-les ne faſſent périr un grand nombre de Négres. Ils ſont fort affligés d'uneautre maladie, qu'ils appellent Bitiog de Kir, dont les ſymptòmes ſont une pro-fonde mélancolie, avec de grands maux de téte& des foibleſſes de jambes,accompagnées de vives douleurs. Elle leur fait enfler auſſi les yeux, commeg'ils Etoient prêts à leur ſortir de la téte. Leur reméde eſt de ſe laver fort ſoi-gneuſement l'anus,& de ſe mettre un ſuppoſitoire de(5b) limon, qu'ils gar-dent auſſi long-tems qu'ils peuvent le ſupporter; car il leur cauſe des ardeurstrès-douloureuſes,& cette douleur même eſt le véritable ſigne du Bitior. Sirapplication de ce reméde[quelque ſimple qu'il ſoit,] eſt aſſez prompte, ils-n'ont pas beſoin d'autres ſecours. Mais lorſqu'on a laiſfé au mal ſe tems de ſefortifier, ce qui ne ſe reconnoit que trop aiſément à l'enflure du rectum, quis'ouvre à la fin avec un flux blanchatre, on eſt obligé de faire tremper pen-dant deux heures des feuilles de tabac dans le ſel& le vinaigre, de les pilerdans un mortier, de ſe les appliquer au fondement[& de les y garder auſſi-long-tems qu'on le„,Seg.[avec des tourmens incroyables.] Elles didipent s.enfin le mal; mais l'effet de ce remẽéde eſt ſi violent, que deux hommes fuffi-ſent à peine pour tenir le malade pendant l'opération. Le Bitios ſe guérit auſſipar de fréquens cliſtéres, ou par une décoction purifiée de la plante nomméeOrore de bitos& de roſes ſöches, melées avec un ou deux jaunes d'œuf, un peud'alun& d'huile de roſe.[Pour prévenir ce mal, des qul'ils en appergoiventq=les premiers ſimptomes, ils prennent un cœuf frais, qu'ils battent bien dans deFeau roſe mêlée avec du ſucre,& du blanc de plombiratiſſé fort menu. IIs ytrempent un linge fin qu'ils s'appliquent enſuite ſur le fondement.] Le blancde plomb eſt encore un reméde excellent contre le même mal.
LEs Négres d-Angola ſont ſouvent attaqués d'une autre maladie, qui leur
affoiblit(y) Lid. pag: 561. 766.(2) Voyage de Merolla, pag. 637:(b) Angl. d'un quartier de Limon avec(*) Pilgrimage de Purchaff, Vol. V. pag. l'écorce. K. d. E.