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Tome sixième.
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436
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KoLBER.

1713.

HorrENToOTs.

Odiquas.

Khirigriquas.

Beauté deleur Pays.

Bois ſingulier.

Leur ancien-ne haine pourles Hollan-dois.

436 VOYAGES AULoNc DEs cI8

rares,& les troupeaux peu nombreux. La rareté de l'eau fratche a contribucà fairc abandonner leur Pays aux Habitans. Elle en Ecarte auſſi les bêtes.roces. Cependant lAuteur juge qu'on en trouve aſſez, en prenant la peinc decreuſer la terre. Le Pays, quoique montagneux, produit de'herbe en abon-dance. Au ſommet des montagnes, comme dans les Vallépis naturels de fleurs& d'herbes les plus odoriférantes(0

LEs Suſſaquas ont pour voiſins les Odiquas, ou les Udiquas. Ils entretien-nent avec eux une alliance perpétuelle contre les Khirigriquas, avec leſquelsUs ont eu des guerres longues& ſanglantes. Ces trois Nations avoient pris lesarmes en 1706, lorſque F'Auteur arriva au Cap; mais un Officier Hollandois,qui fut envoyé avec un Corps de Troupes pour leur offrir ſa médiation, Ireconcilia ſi ſolidement, qu'elles ont vécu depuis en bonne intelligence. A-vant la concluſion de ce Traité, deux Soldats Hollandois furent maltraités parle ſort; Pun fut dévoré par un Lion; l'autre, bleſſé d'un coup de fléche em-poiſonnée qui le frappa dans la bouche,& qui auroit été mortel g'il n'eüt em-ployé la mêéthode des Hottentots pour ſe guérir.

LES Kbirigriquas(p) habitent les bords de la Baye de Ste Hélene. Ceſtune Nation nombreufe, diſtinguée particuliéerement par la force du corps&par une adreſſe extraordinaire à lancer la zagaie. La belle Riviere de PElé-phant, qui tire ſon nom de la multitude de ces animaux qu'on voit ſur ſesbords, traverſe le Territoire des Khirigriquas. Il eſt rempli de montagnes, dontle ſommet eſt couvert de beaux pãturages, comme elles le ſont preſque toutesdans le Pays des Hottentots. Les terres l'emportent beaucoup, pour la bon-, ſur celles des Suſſaquas& des Odiquas. Les vallées ſont ornées d'unegrande variété de fleurs, d'une beauté& d'une odeur extraordinaires; maiselles ſervent de retraite à quantité de Serpens, entre leſquels on trouve le Ce-raſte, ou le Serpent cornu. On y voit auſſi des cailloux de différentes formes& de diverſes couleurs.

LE méme Territoire renferme un grand bois, compoſé d'une eſpéẽce d'ar-bres qui ſont propres à cette Reégion. Is font fort gros& fort elevés. L Auteurmen put connottre le fruit, non plus que le nom, parce qu'il ne les vit pointdans une faiſon favorable à ſa curioſité. Les bétes féroces, qui ſe raſſemblentdans ce bois, en rendent le paſſage fort dangereux. II eſt diviſé en pluſieursroutes, formées des deux côtés par des arbres épais.& ſi ſerrés, que leursbranches ſe croiſant& o'entromélant, ſCrIHCIIL le paſſage à la lumière dans lesplus beaux jours. IIs'y trouve des endroits ou l'obſcurits eſt ſi profonde, qu'oncroit voyager ſous terre. Les Habitans de ce Canton, perſécutés par les Plibuſ-tiers Hollandois, qui leur enlevoient leurs beſtiaux& qui ne ménageoient

es, on voit des ta-

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C

pas plus leur vie, cherchoient à ſe vanger par la deſtruction de tous jes Eu-ropéens qui tomboient entre leurs mains, lorſque la paix fut rétablie par untraité de commerce régulier. Avant cette reconciliation une troupe de Hol-landois, occupée du commerece, tomba dans une embuſcade en traverſant lebois. Les Hottentots s'étoient poſtés ſi avantageuſement derrière leurs broſ-ſailles, que n'ayant rien à craindre des armes à feu, ils fondirent ſur leurs En-nemis à coups de Zagaies. Ils curent la ſatisfaction, non-ſeulement d'en tuer

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(*2 Voyage de Kolben, pag, 63.(b) Ou Hirigriquas.