Uſage qui
ure.
Pareſſe deshommes a-près le maria-
Comment ilsvivent avecJeurs femmes.
86 vOYANGES AU LONG DESCBTES
recevoir le Candidat, s'approche de lui,& lui déclare qu'à l'avenir il doitabandonner ſa mere, renoncer à la compagnie des femmes& aux amuſemensde Penfance; en un mot, que dans ſes actions& ſes diſcours il doit ſe con-duire en homme. 1 Candidat, qui n elt pas venu ſans être bien frotté degraiſſe& de ſuie, regoit immédiatement une inondation d'urine par le minis-tére de'Orateur. Auſſi-tot, les hommes du cercle l'admettent dans leur fo-ciété,& le félicitent ſur l'honneur qu'il vient d'obtenir. IIs ajoũtent des bé-nédictions à ce compliment. Kolben en rapporte juſqu'aux termes: T Kamuma„ 1. 8* 2„. R 9 9* 2₰ 8 8. 10 7 0*c'eſt-à-dire, que le bonheur taccompagne. Dida Cetze, vis long-tems. Quoa-
qua, crois& multiplies. T Kumi, que ta barbe croiſſe promptement.[Cettegcérémonie, de même que toutes les autres, qui ſont en uſage parmi les Hot-
tentots, ſe termine par une Féete, à laquelle le jeune Hlomme n'eſt admis,que quand elle eſt ſur ſa fin.] Un Hottentot qui eſt ainſi délivré de lempire deſa mêre, a la liberté de l'infulter,& de la battre même lorſqu'il lui plait(&)-IlUen regoit des louanges& des applaudiſſemens, au-lieu de reproches. Laplâpart ſe rendent immédiatement à la hute de leur mère pour entrer tout d'uncoup en poſſeſſion de ce droit,& faire éclater le mépris avec lequel ils ſont ro-ſolus d'éviter déſormais Ja converſation des femmes. Ils commencent de ce jourà dédaigner ceux qui demeurent encore fous la garde de leurs mêres apres làgede dix-fiuit ans. IIs leur donnent le nom de Kidſire, qui ſigniſie, Soupe de lait:reproche ſi injurieux pour un Hottentot, que celui qui en eſt une fois tachédoit ſe procurer une nouvelle reception dans la ſociété des hommes(Lb).
ILs n'ont pas de hute ſéparée avant le tems du mariage. Les deux Partiestravaillent alors à s'en bâtir une,& doivent ſe fournir de meubles neufs. Apréèscet établiſſement, l'homme entre en droit de s'abandonner à la pareſſe,&ſe repoſe ſur ſa femme de toutes ſes affaires domeſtiques. Cependant ilaccepte quelquefois une partie de chaſſe ou de péche, lorſqu'elle lui eſt pro-poſée;& par intervalles il jette les yeux ſur ſes beſtiaux, ſur-tout s'il devientpéêre d'un fils auquel il veuille laiſſer ſon héritage. Il lui apprend auſſiſon mêtier, suil en ſçait un. Ceſt à quoi ſe réduiſent tous les éxercices d'unHottentot dans la vie privée. Mais le ſort des femmes eſt fort différent.Outre Péducation des enfans, elles ſont condamnées à tous les ſoins du mé-nage, tels que de chercher des racines, d'apporter du bois, de traire lesvaches& de préparer les alimens. Sa ſeule récompenſe pour tant de travauxeſt d'avoir un lit ſéparé; car les deux époux ne couchent jamais enſemble,& ne paroiſſent pas ſe mêler des affaires l'un de l'autre. IIs ſe parlent rare-ment;& ne ſe donnent preſqu'aucun ſigne de tendreſſe. Leur ſecret ſur Pac-tion conjugale eſt impénétrable;& leur modeſtie meſt pas moindre à l'égardde toutes les actions que nous nommons indécentes(i).
(g) Ibid. pag. 126.(i) Cependant l'Auteur dit, pag. 119. que(b) Voyage de Kolben, Vol. I. pag. 120. les femmes ſe laiſſent toucher indécemment& ſuivantes. pour un peu de tabac.
12* n
9. v.