170 VOYVAGESDANS PE MPIRE
VAN-MELDERE fut regu dans une Place ouverte, environnée d'arbres.-
Au centre étoit une eſpèce de dais, ſous lequel on avoit placé ſept tables,
1couvertes de tapis qui pendoient juſqu'a terre,& devant chacune deſquelles
Aos étoit aſſis un Conſeiller. On preſſa'Ambaſſadeur, à ſon approche, de ſe pro-F. ſterner à terre,& de la frapper du front, aſſez fort pour être entendu des8 aſſiſtans. Il refuſa de ſe ſoumettre à cette Loi, ſous prétexte que les Chrétiens
ne rendoient point de tels honneurs à des Créatures mortelles. On lui per-mit enfin de ſe conduire ſuivant ſes uſages. II ſalua l'Aſſemblée à la manieèrede l'⸗Europe;& tenant le chapeau bas, il déclara qu'il étoit envoyé aux Man-darins de PIſle, parce que le Député qui étoit venu aux Ifles Piſcadores,n'avoit pas'autorité néceſfaire pour traiter; qu'il étoit venu pour demanderen faveur de ſa Nation une grace qu'elle ſollicitoit depuis vingt-trois ans,qui lui avoit été promiſe pluſieurs fois, dont'exécution avoit toüjours étéſuſpendue; à ſavoir, que les Sujets des Hauts& Puiſſans Seigneurs, lesEtats Généraux des Provinces unies[c'eſt-à-dire la Compagnie des Indes*Orientales,] fuſſent regus à la Chine pour le Commerce: qu'à la vérité,les Chinois avoient ſouvent envoyé des Joncs à Batavia, mais chargés demarchandiſes de rebut, qui ne pouvoient être d'ancun uſage: qu'il deman-doit donc que les Chinois exécuraſſent enfin leurs promeſſes,& qu'ils en-voyaſſent de bonnes marchandiſes, qui leur ſeroient payées en argent, oupar des échanges.
LEs Mandarins promirent encore une fois de ſatisfaire les Hollandois,pourv0 que de leur part ils quittaſſent les Piſcadores pour ſe retirer dans quel-qu'autre Iifle. Van-Meldere leur ayant répondu qu'il n'avoit aucune commiſ-ſion ſur cet article, mais qu'il iroit volontiers prendre les ordres de ſes Supé-rieurs, on le reconduiſit au rivage avec beaucoup de pompe. Lorſqu' il fut ar-rivé aux Piſcadores,& qu'il eut fait ſon rapport au Conſeil, CorneliusLe Comman. Ryertz(y), Commandant de la Flotte, réſolut d'aller traiter lui-meme avecdant Hollan- les Chinois. II partit avec Meldere,& paſſant par Amoui, i ce rendit à“ Hok-ſyeu, Capitale de la Province,[de Chin-chew(2)]& ſituée ſar le bordHeb- Hpeu. de la Riviere. De ſix en ſix lieues, ils furent conduits dans une Maiſon de
TEmpereur,& traités magniſiquement. Les Villages, dont la Province eſtN. xg du remplie, ne leur parurent éloignès l'un de 1 autre que de la portée du canon. Dens. toutes parts, les Habitans étoient occupés au travail. On ne voyoit point unpouce de terre ſfans culture. Le Peuple, que la curioſité amenoit ſur les che-mins pour voir les Etrangers, étoit en ſi grand nombre, qu ils avoient ſouventpeine à traverſer la foule,& qu ils&toient quelquefois forcés de s'arreter, pour
donner le tems aux ſpectateurs de ſarisfaire leur admiration.
Emag. LEs Mandarins, ne cherchant qu'aà faire tralner le tems en longueur, trou-Comwandant véèrent le moyen de prolonger cette route pendant l'eſpace d'un mois. Lorſ-eſbrralté. qu'ils furent arrivés dans les fauxbourgs de Hok- ſyeu, ils furent logés dansun des Palais du Urcovor, qui étoit environnè de ſeize autres édifices(a) pour lo-
ger
(y) On a lü plus haut que ce Comman- nommé auſſi Fu cheu(1), eſt la Capitale.dant, ob cet Amiral, avoit été tué devant(a) Angl. des Palais du Roy, qui en 2-Macao. voit ſeize&c. R. d. E.
(2) Ceeſt plaätét Fo-kyen, dont Hok-ſyeu,
(1] Ang’, Fh-nbew- fs. R. d. E;