Band 
Tome septième.
Seite
188
JPEG-Download
 

ions ſur la

kLoute.

Paſſages biengardés& diffi-cCiles à forcer.

188 VOYXAGES DANS LE MPILIRE;

la Miſſion de Che-kyang, devant partir pour ſe rendre à Manille, Navarettecut ordre d'aller remplir ſa place dans cette Province. Comme il entendoitfort-bien la langue,& qulil avoit eu le tems de laiſſer croitre ſa barbe, cevoyage lui fut beaucoup plus facile que les premiers. Cependant il ne le fitpas fans allarmes, parce qu'’il s'étoit chargé d'une proviſion de vin pour hMeſſe,& de la moitié de l'argent qui avoit échappé aux voleurs. I! ſe fit ac-compagner de deux Chrétiens& d'un Infidéle, tous trois Parſans de l'intérieurdes terres,& gens d'un excellent naturel. Le ſecond jour il arriva au pied dela plus haute Montagne qu'il eQt jamais vſe. Il eut beſoin d'onze jours pour lapaſſer,& pour en traverſer pluſieurs autres.

A chaque lieue, ou chaque demi-lieue, il trouva des lieux de repos, extréè-mement propres& commodes. Dans toutes les parties de la Chine, on a me-nagé des commodités de cette eſpêce pour les voyageurs. Tous les cheminsd'ailleurs ſont excellens. Navarette remarqua auſſi quantité de Temples, ſ dessBonzes;] quelques- uns ſur des montagnes fort-hautes(), dont la pente eſt ſieſcarpée, que la vůͤe ſeule a quelque choſe d'effrayant. Les unes ſe terminentpar de profondes vallées. D'autres croiſent les grands chemins. A l'entrée desdernieres, on offre aux paſſans du Cha ou du thé, pour ſe rafraichir. Dansd'autres lieux,-Auteur trouva de petites maiſons, habitées par des Bonzes 8avec leurs Pagodes,& des provifions de la même liqueur, qu'ils préſententaux paſſans avec beaucoup de politeſſe& de modeſtie. IIs-paroiſſent charmésde recevoir ce qu'on leur offre,& leurs remercimens ſont accompagnés d'uneprofonde révérence. Si oh ne leur donne rien, ils demeurent immobiles. Na-varette confeſſe qu'il ne leur fit jamais aucun préſent; mais il remet l'explica-tion de cette conduite dans un autre lieu.

EN arrivant aux bords de la Province de Che-kyang, il trouva dans l'inter-valle de deux vaſtes Roes une porte gardée par des Soldats, qui avoient leursquartiers entre cette porte& une autre porte ſuivante. IIs le traiterent avec duCha,& dirent civilement à ſes guides;„ fans doute que cet honnete Etran-

„ ger a des ordres pour paſſer cette Frontiére. Le Chinois Infidéle qui accom-pagnoit Navarette ſe hata de répondre:„ II a eté fouillé, Meſſieurs; en voi-ci les certificats. Ceſt aſſez, C'eſt aſſez, reprirent les Soldats; quoiqu'au

22 1 8* 698 8„ fond, remarque'Auteur, je n'euſſe été fouillé nulle part. On verra dans„ un autre lieu, contine-t-il, comment des Chrétiens ſe conduiſirent à la mée-

„ me occaſion. II obſerva curieufement ce paſſage,& d' autres défilés de laméme nature qu'il rencontra dans ſes voyages. IIs ont, dit-il, ſi peu de lar-gueur, que deux perſonnes n'*y paſſeroient pas de front. Une poignée de mon-de les défendroit contre une armée,& ſans autres armes que des bâtons.

IL gagna bien-tôt une autre paſſage, aſſez ſemblable au premier, mais dé-fendu par une garde beancoup plus nombreuſe. On li fit de grandes révéren-ces, ſans Limportuner par la moindre queſtion. Une femme paſſant pour ſe.rendre dans un Tample, ſitué aſſez près de-là ſur une Montagne, fut ſaluée.gravement par les ſoldats, qoi ſe lévêèrent à ſon approche. Elle leur rendit mo-deſtement cette politeſſe. Navarette admira ces uſages entre des Infidéles,lorſqu'on voit regner tant d'impudence dans les Pays Chrétiens. IIl x a, dit.

il,

(c) Angl. Quelques-uns de ces Temples é- tres ſitues tout-prês du chemin, R. d. E.soient batis dans de profonde; vallées,& d'au-