DE LA CHITIN L, Lrv b CmaA v. XI. 273
Cachées par des rideaux. A l'extrémité de la cour eſt le grand Temple, qui eſt
Couvert de porcelaine de différentes couleurs. On y va par une vaſte ſalle,aprées laquelle on trouve un porche à cinq portes, qui conduiſent dans] Egli-ſe, oùð Pon apperçoit des niches, à la hauteur de dix pieds au deſſus du pavé.La face du grand Autel préſente trois femmes de couleur d'or, affiſes, avecdes inſcriptions& des vaſes de bronze devant elles. Au long des murs ſontquantité de ſtatues, les unes à pied, d'autres à cheval. Derriere les deux fem-mes, on en trouve une autre qui a prés d'elle un tambour que trois hommesne pourroient point embraſſer,& de l'autre côté une groſſe cloche de fonte,ſur laquelle on frappe avec un baton. En ſortant de cet édifice, P'Auteur vitune comédie, qui étoit répréſentée dans la premiere cour par de fort-bons Co-médiens, en préſence de pluſieurs milliers de ſpectateurs. De-là, ſa curioſitéle conduiſit à la fameuſe Tour de porcelaine(C), qu'il obtint la liberté devoir, en payant une bagatelle aux Bonzes.
SvR une montagne, hors de la Ville, ontrouvele tombeau du premier Em-Perereur de la famille de Ming, gardé par des Enuques qui mênent une vieréligieuſe. II conſiſte dans une grande ſalle, fort-bien couverte, avec une au-tre piéce qui reſſemble à une gallerie, ouù eſt enfermée le portrait de ce Mo-narque. La tombe eſt une grotte, creuſée dans la montagne, dont l'entrée eſtfermée ſoigneuſement. D'Argeli aſfüra FAuteur que s'il vouloit s arréter, pourattendre quelque jour d'enterrement, il verroit paſſer un grand nombre( 9)de cercueils. Lufage des Chinois eſt de les faire conſtruire pendant leur vie,pour étre gardés dans leurs propres maifons apres leur mort, juſqu'a ce qu'ilplaiſe aux Aſtrologues de marquer un jour favorable aux enterremens.
UN Etranger eſt ici fort-ſouvent incommodé de l'odeur des excrémens hu-mains, qu'on porte au long des rues dans des tonneaux, pour amander lesjardins, faute de fumier& de fiente d'animaux. Les jardiniers achetent pluscher les excrémens d'un homme qui ſe nourrit de chair, que de celui qui vitde poiſſon. s en goùtent pour les diſtinguer. Rien ne ſe préſente ſi ſouventür les rivicres que des barques chargées de ces immondices. On court riſquede ſuffoquer quand on a le malheur de les rencontrer.] Au long des routes,on rencontre des endroits commodes& proprement blanchis, avec des ſiégescouverts, ou l'on invite les paſſans à ſe mettre à l'aiſe pour les béſoins natu-rels. IIs sy trouve de grands vaſes de terre, qu'on place ſoigneuſement pardeſſous, pour ne rien perdre. 8
DARGELI& ſes deux compagnons firent des efforts Continuels pour diſſua-der'Auteur de faire le voyage de Peking. IIs lui repréſentérent que les Jéſui-tes Portugais ne fouffroient pas volontiers que d'autres Européens priſſentLonnoiſſance de cette Cour,& qu'ils ne manqueroient pas de lui rendre quel-que mauvais office. Sa réponſe fut que la curioſité ſeule le portant à voyager,il n'étoit capable d'aucune crainte,& qu'il ſe propoſoit même de prendre ſonlogement chez ces Michonaires. II auroit Pü continuer ſon voyage par caujuſqu'à une demi journée de Peking; mais apprenant que le détour étoit con-ſidérable,& voyant faire à tous les Chinois cette route par terre, il prit laréſolution de fuivre leur exemple. II envoya ſes domeſtiques au-delà du Kyang
pour
„(7) On en donnera la deſcription dans l'ar-(g) Angl. pluſieurs milliers. R. d. E.tiele des ouvrages publics.Mm 2
GeMegLLI Ca.AERI.
1695.
ComédieChinoiſée.
Tombeaud'un Empe-reur Chinois.
Uſage desChinois pourleur ſépulture.
Puanteurdes rues deNan-king,&ſa Cauſe.
Fauſſescraintesqu'on veutinſpirer àP'Auteur.