AUX INDES ORIENTALES, Lrv. I. 81
de parchemin. Les autres ne le ſont que par le haut. On peut voir dansles deux Planches que nous en avons fait graver, d'un côté la forme,&de Pautre Puſage de ces tabourins(Lb).
LEuURS danfes ſe réêglent au ſon des inſtrumens dont on vient de par-ler, avec tant de préciſfion,& tant d'agilité, qu'on a lieu d'en étre ſurpris.Leurs ſauts prodigieux, leurs tours de ſoupleſſe,& les plis extraordinairesqu'ils font prendre à leurs membres, donnent trop à l'action pour pou-voir bien la repréſenter en idée. Aprés que le feſtin eſt fini, on voit d'a-bord paroitre un homme habillé à la fagon des Alfouriens, couvert de ra-meaux& de feuilles d'arbres,& armé d'un grand bouclier, d'un coutelasou d'un javelot, avec un caſque en téte, ſurmonté d'une touffe de plumesd'oiſeaux de paradis. Dans cet équipage ſingulier il eſcrime pendantquelques momens en Tair, ſeul, ou contre un ſecond, jettant de touscôtés des regards pleins de furie,& faiſant des efforts terribles comme s'ilvouloit terraſſer tout le monde ſous ſes coups. A cet exercice, qu'ilsexpriment par le mot de Tſjakalile, fuccèdent leurs danſes ordinaires, quechaque ſexe exécute ſéparément, ſoit à deux ou à quatre, avec beaucoupde grace& d'adreſſe, les uns tenant un poignard nud dans chaque main,& quelquefois un ou deux mouchoirs de ſoye qu'ils font voltiger autourd'eux; d'autres ont une belle écharpe de même étoffe, ou de chits, quileur pend ſur l'épaule gauche,& dont l'un des bouts traine preſque aà terre.Les hommes portent auſſi un turban ſur la téte,& les femmes ornent leurscheveux de fleurs. Ces Danſeurs& ces Danſeuſes ſont toũjours de jeunesgens, hors de l'état du mariage. Quand ils commencent, ou qu'ils ſeretirent, ils ſfaluent la compagnie, en joignant les mains ſur la téte; maisc'eſt la coutume ici qu'on leur faſſe toũjours préſent de quelques habits deſoye ou d'autre belle étoffe, dont l'un des Spectateurs court leur enve-loper le corps, pendant qu'ils danſent encore, comme pour les prier dene plus ſe fatiguer;& ce ſont-là auſſi des dépenſes qui ruinent ſes Am-boiniens.
LEs hommes ainſi que les femmes accompagnent ordinairement ces dan-ſes de la voix. Leurs chants, qui ſont comme leurs annales, au deffautd'Hiſtoriens, renferment entr'autres, les plus anciens événemens de leurPays, les louanges de leurs Heros,& les faits glorieux de leurs Ancé-tres. Toutes leurs périodes ſe terminent par e-gegee-e-ecee, ce qui durequelquefois deux ou trois jours de ſuite ſur le même ton. IIs tiennent lepremier e, une meſure entière,& chacun des quatre e ſuivans, un huitié-me, deſcendant ainſi par degrez de ce premier e, dont ils font un La d'en-haut, juſqu'au Rs, tandis qu'ils mêlent quelques paroles entre-deux,&finiſſant toũjours par leurs e-eeee, ſans jamais remonter d'en-bas en-haut;cependant lorſqu'ils s'arrêtent tout-à- fait, c'eſt par 6-00900-b. Cette mu-ſique vocale& inſtrumentale a lieu non-ſeulement dans leurs grands feſtins,& à d'autres occaſions particuliéres, mais encore ſfur leurs batimens, dontles Rameurs ſuivent parfaitement la cadence.
LEs
(b) Les lettres de l'Alphabet indiquent le rapport de l'un à l'autre.
XI. Part. L
DeschrPrIoND'AMPoOINE.
Leurs danſes.
Leurs chants.