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Tome onzième.
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INTRoODvc-TI10N.

Uſage qu'ilfait de ſonautorité.

Courſes dediverſes trou-pes Fran-goiſes.

Hiſtoire deDian Manan-gue.

Son carac-tère.

On veut leconvertir auChriſtianiſme.

180 VOYAGES DESFRANCOIS

de renoncer à l'établiſſement dont il avoit formé le projet,& de reconno?--tre pour ſupérieur un Officier dont il ne devoit pas dépendre.

AvaANT P'arrivée de ce Vaiſſeau, les Grands d'une partie de'Ifle, quiavoient été ſoümis anciennement par la force des armes, ſe diſpenſoientd'apporter au Fort Dauphin les tributs qu'on leur avoit impoſés. La puiſ-ſance des Frangois, qu'ils voyoient reduits preſqu'à la moitié du premiernombre& fort déſunis entr'eux, ne leur paroiſſoit plus capable de ſes teniren bride. Mais lorſque Chamargou ſe trouva fortifié par des ſccours aux-quels il ne s'Etoit pas attendu, il fit lever les tributs dans les Provinces deFangaterre& de Mandererei. Ceux qui furent trop lents à le ſatisfaire ſe vi-rent enlever leurs troupeaux. Le Miſſionnaire méême, ſous prétexte deprendre une parfaite connoiſſance du Pays, eut la liberté de mêler, auxtroupes du Gouverneur, quelques-uns de ſes gens qui participoient au bu-tin. La mort du Chef de Colonie acheva d'affermir l'autorité de Chamar-gou. Pour éteindre entieèrement les diviſions, il prit le Lieutenant de cet-te petite troupe pour le ſien. Alors, ne trouvant autour de lui que de Po-béiſſance, il envoya trente hommes en courſe, depuis les Matatanes juſqu'àla baye de Saint-Auguſtin, qui en eſt à quatre-vingt lieues;& dans Peſpacede deux mois, toute cette étendue de Pays ft ſoumiſe. La Cuſe, dont lavaleur ſera célebrée dans la Relation de Rennefort, fùút envoyé d'un autrecôté avec vingt Soldats, pour reconnoitre''Ifle, ſoixante lieues plus auNord que les Matatanes. Quarante des anciens Frangçois obtinrent un Com-mandant, pour aller juſqu'à l'extrémité de PIfle qui regarde'Afrique, c'eſt-à-dire, plus loin qu'on n'avoit encore pénétré; dans'eſpérance d'y trou-ver, avec quantité de beſtiaux, des aiguemarines, des émeraudes& desrubis. On ne voyoit aucune raiſon de craindre que des expéditions ſi pro-pres à répandre la gloire de la Nation, puſſent affoiblir le centre de ſa puif-ſance, lorfſqu'il n'avoit plus d'ennemis voiſins,& que rabondance y rêgnoitpar les tributs de deux cens mille hommes, qui regardoient, comme une fa-veur, dans leur propre Pays, que cent ſoixante-dix Avanturiers ne leurÖtaſſent pas la vie. Ainſi, le Fort Dauphin jouit quelque-tems d'une tran-quillité profonde. Le Miſſionnaire, perſuadé que le rêègne de la paix eſt ce-lui de l'Evangile, jugea qu'il étoit tems de penſer à l'exercice de ſon mi-niſtére. Mais l'impétuoſité d'un zèle mal-entendu, devint également funeſ-te à l'Etabliſſement des Frangois& à celui de la Religion.

UN Grand de PIfle, nommé Dian Manangue, s'étoit rendu redoutable auxInſulaires par la protection des Frangois, qui avoient cru ſe fortifier enaugmentant la puifſance d'un de leurs tributatres. Il commandoit, le londe la Rivière de Mandererei, ſur Pétendue de Pays qui eſt entre la Provin-ce d'Anoy, où les Frangois avoient leurs principales forces,& les Etatsde pluſieurs Grands qui avoient été ſoqmis à l'OQueſt& au Sud. Les ſe-cours du Fort ayant animé ſes troupes, tout avoit fléchi ſous ſes armes.Il paſſoit, parmi les Inſulaires mêemes, pour le plus vaillant& le plus ſpi-rituel de tous leurs Princes. Cette opinion, qui étoit généralement répan-due, fit juger au Miſſionnaire que la converſion d'un homme ſi reſpecté,ſeroit un exemple qui entraineroit du moins celle de tous ſes ſujets. Lalangue Frangoiſe, que Dian Manangue entendoit fort bien, rendant g in-

ruc-