RENNEFORr.
1666.
Ses forces& ſa ſitua-tion.
Etat oùðStoit alorssgette Ile.]
Cabinet duSouverneur.
210 VOYAGES DES FRANCOIS
Indes& de tapis de Perſe, de lits& de ſieges d'ébene gris& noir, bientournẽs& ſemés de cloux dorés. Entre quelques tableaux, on y voyoit leportrait du Roi Charles II, dans Pendroit le plus apparent de la chambredu Gouverneur, d'on celui de Cromwel avoit été êté& mis dans la ruelledu lit, le viſage vers la tapiſſerie; ſur-quoi l'Auteur obſerve, que la Politi-que rêgne juſques dans les lieux les plus éloignés& les plus ſolitaires. Amain droite, vingt caſes alignées ſervoient de cazernes aux Soldats de lagarniſon. Le Fort étoit environné de rochers d'une hauteur effrayante, àFexception du cêté de la Mer. Sa forme étoit triangulaire. Deux de ſesbaſtions portoient ſept piéces de gros canon de fer, pointées ſur Peau;&le troiſiéme, qui faiſoit le derrière, armé de quatre pieéces, auroit pü ſer-vir comme de ſecond Fort, ſi le premier eꝑtt été forcé. Les deux premiersétoient flanqués de deux redoutes, chacune avec deux piêces de canon quiraſoient la Mer& qui défendoient accées de'Iſle.
Ox connott''Hle de Ste. Helène par quantité de Relations précédentes;mais celle-ci eſt la premiere où elle paroiſſe rvégulierement habitée. Le Gou-verneur, nommé Robert Stringer, étoit àgé d'environ cinquante-cinq ans.Le nombre des habitans montoit à cinquante Anglois& vingt femmes, quiéStoient entretenus de biſcuit, d'huile& de bœuf ſalé, aux dépens de laCompagnie Angloiſe des Indes Orientales. La plüpart avoient des habita-tions dans'Ifle,& venoient à leur tour faire guet& garde au Fort. IIsavoient quelques Noèͤgres pour les ſervices pénibles. Rennefort admira laquantité de pois, de feves, de raves, de navets, de choux, d'ananas, debananes, de citrons, d'oranges, de grenades& de melons, qui étoient lefruit d'une ſoigneuſe culture. Le ralfin même y meuriſſoit;& rien ne s'ytrouvoit contraire aux commodités de la vie qu'une prodigieufe quantitéde rats, auxquels le Gouverneur ſe propoſoit dé faire une fanglante guer-re. Les cabris y paiſſoient en grand nombre. On; avoit porté des che-vaux; mais ils etoient devenus ſi farouches, que lorſqu'on les pourſuivoitjuſqu'aux extrémités de l'Ifle, ils ſe précipitoient du ſommet des rochersdans la Mer, plutòt que de ſe laiſſer prendre. Les perdrix& les pintadesy faiſoient le divertiſſement de la chaſſe. M. Stringer commettoit à ſesNegres le ſoin d'environ quatre-vingt vaches,& laiſſoit à quatre femmescelui du lait& du beurre(m).
Ir fit voir aux Frangois les curioſités de ſon cabinet, entre leſquellesRennefort admira les oſſemens d'un Lamantin, ou d'une vache marine,nommée auſſi Manatée,& la peau préparée pour en faire un juſtaucorps,qui devoit être à l'épreuve du piſtolet. On y voyoit un poiſſon volant, lePlus gros dont on et l'exemple, quoiqu'il ne le füt pas plus qu'un maque-reau ordinaire; de l'ambre-gris,& toutes les eſpèces d'éroffes& de curio-fités qu'on apporte des Indes; cinq livres de civette, dans une bouteillede verre, eſtimées cinq ou ſix mille livres. Les Officiers du Vaiffeauachetérent, pendant leur ſéjour, des boëtes de civette, des bagues de cor-naline, des manches de couteau d' agathe, du ſatin de la Chine, des por-celaines, des cannes du Japon& d autres marchandiſes Indiennes, dont
les
(m) Lbid, pag. 141& 142.