Dr IA HAvz.
1672.
II travailleà ſe rendremaitre del'entrée de laBaye.
Ruſe desHollandois.
Commentils vivoientavec le Roide L'Ifle.
Ménage-ment que lesFrançois gar-dent poureux.
268 VOYAGESDESS FRANCOIS
LAMIRAL, aprés avoir dépéché un bon Pilote, pour reconnottre par-ticulièrement toutes les bayes, fit mettre à terre un homme du Pays, qu'ilavoit pris en paſſant devant Mangalor, avec ordre d'amener à bord quelqueInſulaire de qui on pt prendre langue. Le lendemain, il alla viſiter unepointe, qui pouvoit être fortifiée;& dans la vüe de ſe rendre mattre desentrées, il mit une Compagnie d'Infanterie dans'Iſle qui forme les deuxpaſſages. Le travail fut commencé. Vers le ſoir cinq Negres du Pays,qui furent amenés à bord,& deux deſquels ſe diſoient Gouverneurs desterres voiſines, pour le Roi de Candi, déclarèrent qu'ils avoient regu or-dre de ce Prince, d'offrir toutes ſortes de rafratchiſſemens aux VaifſfeauxFrangois. IIs racontéerent à l'Amiral, que les Hollandois étoient en paix a-vec le Roi depuis ſix ans. Leur récit parut ſuſpect. Cependant ils furenttraités civilement,& l'Amiral leur remit une lettre de civilité pour leurPrince, dont ils promirent d'apporter la réeponſe. Mais on apprit bien-tôt,par une Chaloupe qui avoit été envoyée à terre, que ces cinq hommes é-toient Malabares,& que ceux qui s'étoient dits Gouverneurs pour le Roi,m'étoient que les Commandans de quelques Compagnies de Malabares auſervice des Hollandois. On fut informé aufſi qu'ils étoient venus par l'or-dre du Gouverneur de Trinquemale, pour obſerver le deſſein des Fran-gois,& qu'ils lui avoient porté la lettre qu'on leur avoit confiée; que de-puis ſix mois les Hollandois étoient en guerre avec le Roi de Candi, du cô-té de Colombo; qu'ils avoient fait venir à Trinquemale deux cens Mala-bares; qu'ils avoient tué depuis peu trente Chingulais, qui ſont les Natu-rels du Pays,& qu'ils avoient chaſfés les autres de la Cête de cette Baye(b).
LE Negre de Mangalor étant revenu le 25, avec un des ſujets duRoi de Candi, on apprit, avec plus de confiance, que ce Prince attendoitdepuis long-tems les Frangois, mais que leur lenteur lui faiſoit craindrequ'on ne lui eũt donné de fauſſes eſpérances; qu'il avoit actuellement laguerre avec les Hollandois,& que depuis peu il les avoit lui-même atta-qués à Corlas(p); que cing mois auparavant il leur avoit fait eſſuyer uneattaque, par quatre de ſes Généraux; que ces ennemis de''Ifle avoient brü-16 depuis quelques jours& abandonné leur Fort de Cotiary; enfin que le Roiavoit quantité de canelle à vendre, parceque regardant les Hollandois com-me ſes ennemis, il y avoit long-tems qu'il ne faiſoit plus de Commerce a-vec eux. L.Amiral fut curieux de vérifier ſur le champ s'ils avoient aban-donné leur Fort. S'y Stant rendu lui-même, il le trouva effectivement dé-ſert. Mais il y reſtoit trois pièces de canon(q),& quelque proviſion depoudre, ſans aucun boulet. On n'y toucha point;& pour éviter toutesſortes de plaintes, on ne voulut pas s'emparer du Fort: d'autant plus queloin de commander la Riviere qui vient de Candi, il en étoit aſſez éloi-
gne
0) Pag. 155& ſuiv.(2) Suivant un Ecrit du Sr. Van Rbeede,
p) Dans la Province des Quatre- Corles, ennemi du Gouverneur Van Goens, on yà'OQueſt de FIſle, du cêté de Colombo, oùð avoit laiſſé vingt- une pièces de canon. K.eſt ſitus le Fort Arandourre, que les Hollan-dois perdirent en 1670. R. d, E.