Band 
Tome onzième.
Seite
280
JPEG-Download
 

DEz LA HAvg.1687.

Péril oð ſavie eſt expo-ſée.

Retraiteglorieuſe desFrançois.

Repréſaillesexercées con-tre les Mores.

Siége quidure deuxans.

280 VOYAGES DESFRANCOIS

quelque Cavalerie qui les ſuivoit, qu'il les eut bien- têt diſperſés. L.orſ-qu'il les vit en fuite, il s'écarta pour quelques beſoins dans un chemincreux, où-il fut attaqué par ſept hommes, dont les uns étoient armés depiſtolets& les autres de ſabres. II para le coup du premier& le tua. Unautre, étant venu à la charge, emporta dans ſe ventre la moitié de ſonépée, qui s'y rompit. Cette vigueur& la nobleſſe de ſon maintien paru-rent inſpirer de la crainte aux autres; mais un d'entr'eux, néanmoins, ſejetta ſur lui le poignard levé. Son bonheur amena quelques Frangois, quije délivrèérent d'un danger ſi preſſant. Il en fut quitte pour une légèrebleſſure à la main. Quelques- uns l'accuſèrent d'imprudence; mais-'au-tres firent tomber le reproche ſur ſes Gardes& ſur quantité d'Offi-ciers ſans commandement, qui ne devoient pas abandonner ſa per-ſonne(m).

TovrEs les troupes s'étant raſſemblées autour de lui, il les mit en ba-taille pres du Camp même des Mores. Ce ne fut pas ſans peine qu'il leurÖta le deſir de s'arréter au pillage. La Cavalerie ſe tenant hors de la por-tée du mouſquet, on ne pouvoit entreprendre de l'attaquer; mais il étoità craindre qu'elle ne profitat du moindre déſordre pour tomber ſur lesVainqueurs. On prit le parti de retourner à la Ville. L'avant-gardeayant commencé à défiler, on détacha des Mouſquétaires pour eſcarmou-cher ſur les ailes. Enſuite les deux autres corps marchèrent dans le mêmeordre, ſuivis par les Mores juſqu'à une demie-lieue de la Place. II n'étoitque dix heures du matin lorſque les Frangois y rentrérent, ſans autre per-te que trois morts& douze bleſſés. Les ennemis avoient perdu beaucoupde monde,& quelques chevaux pris ou tués. L'Amiral éleva, au poſte

e Commiſſaire d'artillerie, un Soldat nommé La Roche, qui lui avoitſauvé la vie,& qui prit le nom de La Jonquiere en changeant de con-dition.

L.à Cavalerie Moreſque exerça ſa vengeance par Pincendie de quelquesVillages voiſins de la Ville. On ſortoit ſur elle, auffi-têôt qu'on la voyoitparoitre; elle prenoit la fuite au moindre mouvement des Frangois. Quel-ques Mores ayant pris un Laſcarin de la garniſon, lui coupèrent la téte&la plantèerent à la vüe des murs. Le frêre de ce malheureux vint demanderà'Amiral un des principaux priſonniers, pour lui faire le même traite-ment. IIl ſouhaitoit qu'on lui donnàt le fils de Pancien Gouverneur; maisſa demande fut rejettée avec indignation. Cependant on lui remit unpriſonnier, auquel il coupa auſſi-töt la tete, qu'il porta près du Campdes Mores. L intention de l'Amiral étoit de leur faire comprendre queleurs priſonniers ſeroient traités comme ils traiteroient ceux de la Ville.

CE m'Stoit que le prélude d'une guerre qui devoit durer deux ans en-tiers; avec des circonſtances qui n'appartiennent pas à un Recueil de Vo-yages, mais qui mériteroient un rang diſtingué dans l'Hiſtoire. Les Mo-res formêrent, par degrés, un Sieége qui ne fut interrompu, dans certainsintervalles, que par les exceès de leur crainte ou de leurs pertes. II futpoufſſé d'abord avec une vigueur qui couta la vie à leurs plus braves Géné-

raux,

(m) Pag. 6& 7.