DzschrpTIoNDo ToNQbf.BahoN.
1685.
Cavalerie.Eléphans.Armée na-
vale.
Qualités de
la Milice.
Guerres desTonquiniens.
Diſciplinedes Troupes.
378 VOYXAGES DANSL E
bien exercés à Puſage des armes;& dans l'occaſion, ce grand Corps peutétre augmenté au double: mais comme le nombre ſert peu ſans le coura-ge, FAuteur avoue qu'il n'y a point de Soldats moins redoutables que lesTonquiniens. D'ailleurs la plâpart de leurs Chefs ſont des Eunuques, quine conſervent dans l'ame aucun reſte de virilité.
LàA Cavalerie monte à huit ou dix mille hommes,& le nombre des Elé-phans à trois cens cinquante. Les forces maritimes conſiſtent dans deuxcens vingt Bàtimens grands& petits, plus propres à la Riviere qu'à laMer,& qui ne ſervent guêres auſſi qu'aux fetes& aux exercices d'amuſe-ment. Chacun eſt armé, à la proie, d'un canon de quatre livres de bal-le. IIs n'ont pas de màts;& tous leurs mouvemens ſe font à force de ra-mes. Les Rameurs ſont expoſés à la mouſquéterie& à tous les inſtrumensde guerre. La Cour entretient, avec cette Flotte, environ cinq cens Bar-ques, qui ſe nomment Twinges,& qui ſont aſſez légèeres à la voile, maistrop foibles pour la guerre; quoiqu’ elles ſervent fort bien au tranſport desvivres& des Troupes(a).
L'ARSENAI de Cacho eſt fourni de toutes ſortes d'Artillerie,& de tousles calibres; ſoit de la fabrique des Habitans, ſoit achetée des Portugais,des Anglois& des Hollandois. II ne manque pas non plus de toutes lesmunitions convenables.
OurRr la molleſſe naturelle des Soldats du Tonquin, rien ne contribuetant à leur êter le courage, que la néceſſité de paſſer toute leur vie dansune condition pénible, ſans aucune eſpérance de s'élever au-deſſus de leurpremier grade. La valeur même, dans ceux qui peuvent avoir Poccaſionde ſe diftinguer, ne change rien à leur état; ou du moins ces exemplesfont ſi rares, qu'ils ne peuvent inſpirer d'émulation. L'argent, ou la fa-veur de quelque Mandarin du premier ordre, ſont les ſeules voyes qui puiſ-ſent conduire aux diſtinctions.
LEURsS Guerres ne conſiſtent que dans le bruit,& dans un grand ap-pareil de bagage. La moindre querelle les fait entrer dans la Cochinchine,oú ils paſſent le tems, ſoit à conſiderer les murs des Villes, foit à cam-per ſur le bord des Riviéères. Mais une légére maladie, qui emportequelques-uns de leurs gens, les rebute auffi-tôt,& leur fait crier que laGuerre eſt cruelle& ſanglante. IIs ſe hatent de retourner vers leurs fron-tiéres.—
ILEs ont quelquefois des Guerres civiles, que l'adreſſe termine plutõòt quela valeur. Dans leurs anciens démélés avec les Chinois, on les a vü com-battre avec aſſez de réſolution; mais ils y étoient forcés par la néceſſité.Cependant on ne ceſſe pas de les exercer au maniment des armes,& cetexercice continuel fait la plus grande partie de leur profeſſion.é IIs regoi-vent chaque jour une portion de riz pour leur nourriture,& leur payeannuelle n'eſt que d'environ trois écus; mais ils ſont exempts de toutesfortes de taxes. Ceux qui n'ont pas leur quartier dans la Capitale, ſontdiſperſés dans les Aldeas, ſous le commandement des Mandarins, qui
ſont chargés de pourvoir à leur ſubſiſtance. Chaque Mandarin eſt revé-tu
(a) Ibidem.