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Tome onzième.
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383
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ROYADME DE TONQD2UIN, Lrv. II. 383

tice, la femme eſt écraſce par un éléphant,& le ſuborneur regoit la mortpar quelque autre ſupplice. Dans les conditions inférieures, le mari of-fenfé doit recourir aux loix, qui traitent ſeévêèrement les coupables, maisqui exigent des preuves du crime qu'il n'eſt pas tocjours aiſé d'apporter.L'Auteur accuſe Tavernier d'avoir pris plaiſir à tromper ſes Lecteurs pardes fables, en racontant ici une avanture de ſon frére(!) qui s'accor-de auſſi peu avec le caractère des Habitans qu'avec les uſages& les loixdu Pays.

LàA civilité Chinoiſe a fait beaucoup de progrès au Tonquin. Mais enreconnoiſſunt ſa ſource, l'Auteur y fait obſerver des différences, qui vien-nent d'un melange d'anciens uſages,& qui rendent les Tonquiniens moinseſclaves de la cérémonie que les Chinois.

ENTRE les perfonnes de qualité, les Princes& les grands Mandarinsne ſortent que ſur des Eléphans ou- dans de riches Palanquins, ſuivis d'ungrand nombre d'Officiers, de Soldats& de Valets. Ceſt le rang ou ladignité qui régle la grandeur du cortéege. Ceux d'un degré inférieur ſor-tent à cheval,& ne ſont jamais eſcortés de plus de dix perſonnes. Mais ileſt rare aufſi qu'ils en ayent moins, parceque P'eſcorte fait une grande par-tie de leur faſte.

TovuTns leurs viſites ſe font le matin. Ceſt une incivilité de ſe pré-ſenter dans une Maiſon de diſtinction vers l'heure du diner, à-moins qu'onm'y ſoit invite. Les Seigneurs ſe rendent méême à la Cour de fort grandmatin. IIs y rempliſſent leurs devoirs juſqu'à huit heures. Enſuite, ſe re-tirant chez eux, ils s'y occupent de leurs affaires domeſtiques;& le temsqui reſte juſqu'à Pheure du diner eſt réſervé pour la retraite& le repos,comme une préparation néceſſaire avant que de donner au corps la réfec-tion des alimens(m).

81 celui qui rend ſa viſite eſt d'un rang ſupérieur, on doit ſe garder delui offrir les moindres rafratchiſſemens, ſans en excepter le bétel(n); à-moins qu'il ne faſſe au Maitre de la maiſon l'honneur de lui en deman-der. Luſage des Seigneurs eſt de faire toüjours porter avec eux leur eau& leur bétel. Les boëtes, le bétel eſt renfermé, ſont ordinairementde laque, noir ou rouge. Céependant les Princes& les Princeſſes du ſangroyal en ont d'or maſſif, enrichies de pierres précieuſes& d'écaille detortue. Mais celles dont Tavernier exagére la valeur n'ont jamais éblouiſes yeux à la Cour du Tonquin, puiſqu'on ne voit dans le Pays, ni dia-mans, ni rubis, ni émeraudes(),& que les Habitans en font ſi peu decas, qu'on ne peut pas même ſuppoſer que les Etrangers y en ayent ap-porté(p).

DäANS

(1) L'avanture n'eſt pas de ſon frere, R. d. E.mals elle arriva du tems qu'il étoit à la Cour(°) Qu'on liſe Tavernier avec plus d'at-de Tonquin. K. d. E. tention que Baron n'a fait en cet endroit,(m) Ibid. pag. 12. on trouvera qu''il parle des boëtes qu'il a-

(u) Si Tavernier, pag. 193. ne fait npas voit à la Cour du Grand-Mogol. Re-cette diſtinction, c'eſt encore d'après le lation du Tonquin, pag. 193. R. d. E.P. Tiffannier, qui dit qu'ils préſentent le-(p) Tbid.tel tous ceux qui les viſitent. Pag. 134.

DrschrprIoDU ToxQurn.BARON.

1685.

Civilité desTonquiniens.

Cortège desortége des

Grands.

Viſites&cérémonies.