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Tome onzième.
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396
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DEgscarrrroNPðu ToxQuIN.BARON.

1685.

Eunuques,& leur em-ploi.

Eunuquesd'un méritediſtingué.

Hiſtoire re-marquabled'un Bunu-que.

396 VOYAGES DANS LE

ciers civils& militaires, ſe rendent alors au Palais, pour faire leur courau Chova; mais Empereur ou le Bova, ne regoit leurs complimens quele premier& le quinzième jour de la Lune. IIs paroiſſent devant lui enrobbes bleues, avec des bonnets de cotton de leurs propres Manufactures.

LE Chova regoit ſes Courtiſans avec beaucoup de pompe. Ses Gardes,qui ſont en grand nombre, occupent la Cour du Palais. Quantité d'Eunu-ques, diſperſés dans les appartemens, regoivent les demandes des Manda-rins,& leur portent fes ordres. Les Requétes des plus puiſfans, ſont pré-ſentées à genoux. C'eſt un ſpectacle digne de la curiofité des Etrangers,que cette multitude de Seigneurs, qui s'efforcent de s'attirer les regards deleur Maitre,& de ſe faire diſtinguer par leurs reſpects& leurs humilia-tions.„ Tout ſe paſſe non-ſeulement avec décence, mais avec un air de„ majeſté qui impoſe. Les ſalutations ſe font à la maniere des Chinois. II„ n a de choquant pour les Européens, dans les uſages de cette Cour,„ que la Loi fervile, qui oblige les Grands d'avoir ſes pieds nuds(n).„ Ils font traités d'ailleurs avec bonté. La plus grande punition, pour leurs„ offenſes, eſt une amende ou le banniſſement. Il n'y a que le crime de„trahiſon qui les expoſe au dernier ſupplice“.

LaAuUDIENCE fiHnit à huit heures. Il ne reſte avec le Chova que lesCapitaines de ſes Gardes,& ſes Officiers domeſtiques, dont la plapart fontEunuques; du moins ceux qui entrent dans l'intérieur du Palais& dans lesappartemens des femmes. Leur nombre eſt de quatre ou cinq cens, laplupart fort jeunes, mais ſi fiers& ſi impérieux, qu'ils ſont deteſtés detoute la Nation. Cependant ils ont toute la confiance du Chova, dansles affaires du Gouvernement comme dans ſes occupations domeſtiques.Aprées avoir fervi ſept ou huit ans au Palais, ils s'élevent par degrés àFadminiſtration& aux principales dignités du Royaume, tandis que les Let-trés mémes ſont ſouvent négligés(0). Mais l'Auteur obſerve que P'eſtimea moins de part à leur faveur que Pintéreét. Lorſqu'ils meurent, les ri-cheſſes, qu'ils ont accumulées, par toutes ſortes d'injuſtices& de baſſeſ-ſes, reviennent au Chova;& leurs parens, qui n'ont contribué à leurgrandeur qu'en leur étant la qualité d'hommes, n'obtiennent de leur ſuc-ceſſion que ce qu'il veut bien leur accorder(p).

CEPENDANT la vérité oblige Auteur de reconnoitre, qu'il s'eſt trouvéentre ces Eunuques, des Miniſtres& des Officiers d'un mérite extraordi-naire; tels, dit-il, qu'Ong-jartu- lea, Ong. ja-ta- fo-bay,& Ong-ja-bo-fa- tack,qui ont fait lhonneur& les délices du Tonquin. Mais il ajonte qu'ils a-voient perdu la virilité par divers accidens(q),& que la qualité d'-Eunu-que, loin de paſſer alors pour un opprobre, étoit regardee comme le pré-ſage du mérite& de l'élévation. Le ſeul de cette eſpeèce que l'Auteurait connu, étoit Gouverneur de la Province de Hein, qui eſt la plus comii-dérable du Royaume, Grand-Amiral,& Miniſtre des affaires étrangeres.C'étoit un grand Capitaine, un ſage Gouverneur& un Juge incorrupti-

le.

(n) Pag. 27.(2) Par la morfure d'un chien ou d'um(°) Lbidem.

(p) Lbidem.

cochon, dit l'Auteur.