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Tome douzième.
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ROYAUME DE S8IA M, Lrv. II. 95

L. z 23 fut nommé pour l'audience:„Les Mandarins, en qualité d'ido-„ latres, auroient fait difficulté de ſe ſoumettre à baiſer les pieds du Pa-„ Pe; ce qui eſt proprement un acdhe de Religion: mais le zéle de 8. S. la„ fit paſſer ſur cette difficulté(a)*. Elle déeclara que loin de les obligerà des cérémonies déſagréables, elle ne vouloit leur donner que des ſujetsde ſatisfaction.

PELANTANINI, Secrétaire des Ambaſſades, alla prendre le Père Tachard& les Mandarins dans deux caroſſes, avec les marques d'honneur qu'on rend,à Rome, aux Envoyés extraordinaires des Rois. On les conduiſit au mi-lieu d'une foule incroyable de gens de qualité. Ils trouvérent toute la gar-de du Pape ſous les armes,& Ils furent regus au pied de P'eſcalier du Pa-lais, par deux Prelats. Le Pêre Tachard étoit ſuivi du premier Mandarin.qui portoit une caſſette de vernis, garnie d'argent, où étoit la Lettre decréance, renfermée dans une affez grande urne d'or, enveloppée d'unepièce de brocart à fleurs d'or. Les deux autres Mandarins fuivoient immé-diatement; Pun portant le préſent du Roi de Siam au Pape, couvert debrocart d'or;& l'autre, celui du Miniſtre, enveloppé de brocart verd. IIsétoient vétus à la mode de leur Pays, d'un juſte-au-corps d'Scarlate galonéd'or, avec une veſte de damas verd de la Chine, ſemé de fleurs d'or. Cha-cun d'eux avoit une ceinture d'or& un poignard au côté, dont le mancheétoit d'or maſſif. Leur bonnet, qu'ils n'ôterent jamais, étoit extremementhaut,& couvert d’'une toile blanche tres-fine, avec un cerele d'or maſſif,large d'environ trois doigts, auquel étoit attaché un petit cordon d'or, quiſe lioit ſous le menton.

LàA garde Suiſſe avoit été rangée en haye, depuis la porte de la courjuſqu' au haut de Feſcalier. Les Cavaliers Allemands de la garde du Pape,bottés& le piſtolet à la main, faiſoient une haye dans les falles, juſqu'àla chambre de lYaudience. Le Pape étoit au fond fur ſon trône, ayant àſes cõtés huĩt Cardinaux à trois pas de diſtance, afſis ſur des chaifes qui s'a-vangoient en deux lignes vers le milieu de la chambre. C'toient les Car-dinaux Ottoboni, Chigi, Barberin, Azzolini, Altieri, d'Etrées, Colonna,& Cazanata. Le Pêre Tachard fut introduit avec les Mandarins, dans lememe ordre qu'on vient de repréſenter. Apréès avoir fait trois génu-flexions, Pune en entrant, P'autre au milieu,& la derniére près du tronede Sa Sainteté, il lui baiſa les pieds. Enſuite il commenga fon diſcours àgenoux, par ces trois mots; Tres-Saint Pere: mais il ne les eut pas plutòtprononcés, que le Pape lui ordonna de ſe lever. Alors étant allé ſe pla-cer un peu plus bas que les deux derniers Cardinaux, vis-à-vis du Pape, ilcontinua ſon diſcours(àL).

Avssr-Tör qu'’il ent fini, les deux Mastres de cérémonie„ qui étoientà genoux à ſes cotés, lavertirent de reprendre la meme poſture, pour re-cevoir la réponſe du Pape. Mais S. S. lui fit encore l'honneur de le fai-re lever. Apréès le diſcours du Pape, le Pêre Tachard alla prendre la Let-

tre

(2) Pag. 363. le Pape au-deſſus de tous ſes Prédéceſſeurs,(5) On fait grace au Lecteur d'une üa.& Iui faiſoit eſpérer la converſion de tous lesrangue Hateuſe, où le Père Tachard mettoit Monarques de l'Orient.

TAcRAnp.II. Voyage.

1688.

Céêérémoniesde l'Audien-ce.

Comment lePêère Tachardbarangue le

Pape.