FoRßBIN.1686.
Ses occu-pations àBancok.
Arrivée&reception desMacaſſars.
Prétexteque Forbinprend pourjes engager àdeſcendre.
On con-vient qu'ilsparottrontarmés de leurspoignards.
132 VvVOYAGES DANS IL. E
niers juſqu'à nouvel ordre; me deffendant expreſſlément de communiquerà perſonne ceux que je recevois; parceque des raiſons d'Etat demandoientun ſecret inviolable fur ce point. C'eſt ainſi qu'il m'envoyoit à la bouche-rie, en me preſcrivant pas à pas tout ce que j avois à faire pour périr in-failliblement.
Ex attendant Parrivée de la Galère, je m'occupois à dreſſer les troupesque j'avois el ordre de lever. Je diviſai mes nouveaux Soldats en Com-pagnies de cinquante hommes; je mis à la téte de chaque Compagnie,trois Officiers& dix Bas-Officiers,& je m'appliquai avec tant de ſoin àles former, à l'aide d'un Sergent Frangois,& de quelques Soldats Portugais,qui entendoient la langue Siamoiſe, qu'en moins de ſix jours ils furent entat de faire le ſervice militaire ſur le pied qui ſe pratique en France.Comme je n'avois point de priſon où je puſſe retenir les Macaſſars, j'enfis promptement conſtruire une joignant la courtine ſur le devant du nou-veau Fort,& je la fortifiai de manière, qu'avec quelques Soldats, il auroitEté aifé d'y garder une cinquantaine de Priſonniers.
ENFIN, Ia Galère parut le 27 d'Aoüt, vingt jours aprêès Fordre quej'avois eü de l'arrêéter, ſans que pendant tout ce tems la chaine eũt étédétendue, crainte de ſurpriſe. Dans le plan que je m'étois formé, pourm'acquiter ſurement de ma commiſſion, je m'ctois un peu écarté des in-ſtructions de M. Conſtance,& au lieu d'aller à bord, tandis que les Ma-caſſars en ſeroient les madtres, je réſolus de les engager plutêt à deſcen-dre, en commengant par les arréter, pour travailler enſuite à l'inventairede leurs effets. Dans cette vüe, je poſtai des Soldats, en différens en-droits, pour les inveſtir des que je leur en ferois donner l'ordre. LaGalère ayant trouvé le paſſage fermé à ſon arrivée, le Capitaine vint àterre avec ſept de ſes gens, qui furent conduits dans le vieux Fort où jeles attendois dans un grand Pavillon de bambou, que j'avois fait conſtruireſur un des baſtions. A meſure qu'ils entrêrent, je leurs fis civilité,& lespriai de s'aſſeoir autour d'une table, ou je mangeois ordinairement avecmes Officiers.
LE Capitaine répondit à mes interrogations, qu’'il venoit de Siam,& qu'ilretournoit à'Ifle des Macaſſars. En meme-tems il me préſenta ſon paſſe-port, que je fis ſemblant d'examiner,& je lui dis qu'il étoit fort bon; maisj'ajoũtai, qu'étant étranger& nouvellement au ſervice du Roi, je devois êtrepluüs attentif qu'un autre à exécuter fidelement mes ordres; que j'en avoisregu de trés-rigoureux à Poccaſion de la revolte dont il étoit ſans douteinformé, pour empéecher qu'aucun Siamois ne fortit du Royaume. LeCapitaine m'ayant répondu qu'il n'avoit avec lui que des Macaſſars, je luirepliquai, que je ne doutois nullement de la vérité de ce qu'il me diſoit;mais qu'etant environné de Siamois qui obſervoient toutes mes actions, jele priois, afin que la Cour n'eũt rien à me reprocher, de faire mettre toutſon monde à terre;& qu'aprèes qu'ils auroient été reconnus pour Macaſ-fars, il leur feroit libre de continuer leur Voyage. Le Capitaine y conſen-tit, à condition qu'ils deſcendroient armés. Je lui demandai en ſouriant, ſinous étions donc en guerre? Non, me répondit-il; mais le Cris que nous
portons eſt une ſi grande marque d'honneur parmi nous, que nous ne ſgau-I10hS