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Tome douzième.
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DErs FARGCzgs.

1688.

Fin tragiquede ce Mi-niſtre.

Pitrachascherche àdétruire auſſiles François.

Empriſon-nement detous les Chré-dens à Louvo.

164 VOYAGESDANS LE

donna qu'on les conduiſit à Thlee Poufſönne, ſous prétexte de pourvoir à leurſureté& de les ſouſtraire à Panimoſité des Peuples.

CoNnsrANcE fut promené, comme en triomphe, ſur les murailles duPalais, ſuivi de quantité de Bras-peints, qui ſont les Gardes,& en même-tems les Bourreaux du Roi de Siam. On le ramena enſuite au Palais poury etre gardé étroitement, chargé de cinq groſſes chaines de fer,& hors detout accès. II y a ſouffert pluſieurs fois la queſtion en différentes maniè-res,& ſuivant le bruit commun, confirmé par les dépoſitions de nos deuxMandarins, il a avoué, dans les tourmens, ſon intelligence avec Prapié,& reconnu qu'il avoit diſſipé, ou fait ſortir de groſſes ſommes d'argent duRoyaume. On tira de lui toutes les lumiéres qu'on püt fur les affaires desEtrangers; après quoi on le tailla en piéces. Sa maiſon fut pillée;& ſafemme miſe à la torture avec la plüpart de ſes Parens, pour avoir con-noiſfance de tous ſes effets. Il reſtoit encore trois Mandarins de ce parti,qui furent mis aux fers la nuit fuivante qu'on eut arrété M. Conſtance, ſansque tout celà cauſàt le moindre bruit.

ArRkks avoir achevé de détruire ce parti, Pitrachas s'occupa tout entieràchercher les moyens de ruiner les Frangois, qui lui paroiſſoient former leplus grand obſtacle à ſes deſſeins. IIl n'avoit pu réüſſir à faire monter àLouvo Painé des Princes, qui ſembloit avoir congu quelque ſoupgon desinſtances ſi ſouvent réiterées qui lui furent faites à cet égard,& dont lejeune Prince, de même que la Princeſſe, témoignéerent auſſi leur ſurpriſe: cequi avoit obligé Pitrachas, pour òôter toute défiance, de laiſſer le premierà Siam,& de faire en préſence du ſecond& des Mandarins, un ſermentſolemnel, par lequel il reconnoiſſoit les Princes comme ſes veéritablesSeigneurs,& promettoit de ne rien faire que pour leur ſervice. Cet enga-gement, revêtu de toutes les formalités qui pouvoient le conſacrer parmi lesSiamois, diſſipa tout foupgon contre le Mandarin,& le mit encore plus enétat d'agir que jamais. Cependant quoique la vie du jeune Prinee& de laPrinceſſe fut entre ſes mains, Painé qui étoit à Siam, pouvoit, de concertavec les Frangois, lui donner trop d'exercice pour qu'il oſat hazarder le coup.Ceſt ce qui le détermina à ſe prévaloir de la haine qu'il avoit lui memeinſpirée contre nous, tant aux Princes qu'au reſte de la Nation, pour lesporter tous à entreprendre nòôtre perte; en leur faiſant entendre que leRoyaume ne ſeroit jamais paiſible que nous ne fufſions détruits. On nousa voulu aſfurer, que la Princeſſe avoit été la premiere à donner dans ce deſ-ſein,& qu'elle s'en eſt bien repentie depuis.

AvaANT que d'en venir à la force ouverte, Pitrachas eꝑt recours à tou-tes ſortes de ruſes, pour ſurprendre les Frangois,& rendre par-là Fexécu-tion de ſon projet d'autant plus facile. Diverſes lettres qu'il écrivit à E-véque de Metellopolis, à l'-Abbé de Lionne,& au Chef de la Loge Fran-

ite de Siam, tendoient à les aſſurer qu'on n'en vouloit ni à nous, ni àFRasgen Chrétienne. L'Abbé de Lionne étant monté à Louvo, y appritnéanmoins avec étonnement, que tous les Frangois qui ſe trouvoient dans cetteVille avoient été arrétées,& que tous les autres Chrétiens étoient fort mal-traités dans les priſons. Mais le Mandarin Siamois, qui avoit été premierAmbaſſadeur en France, lui témoigna qu'on n'en avoit ainſi uſé, à

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