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Tome douzième.
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166
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Dgs FàARors.

1688.

On lui pro-poſe de fairemonter touteſa garniſon.

IIeſt ren-voyé à cettecondition.

Autres pro-poſitions quilui ſont faites.

166 VOXAGES DANS LE

Officiers; que je ſqavois ce que je riſquois en montant; mais qu' auſſi le dan-ger qui nattroit de mon refus, ſeroit& plus général& plus certain; queje lui recommandois de bien faire ſon devoir en mon abſence,& de melaiſſer plutôt pendre moi& mes enfans à ſa ve, ſi les choſes en venoientà cette extrémité, que de rendre la Place, dont je lui confiois la garde.

PIrTRAcCHAs informé de ma réſolution, m'envoya un beau palanquin,avec d'autres voitures convenables pour ceux qui m'accompagnoient. Amon arrivée aux portes de Louvo, je fus complimenté par un Mandarin,qui m'invita, de la part du Roi, daller deſcendre droit au Palais. Cemeſſage me parut d'un mauvais augure,& me fit croire qu'on vouloit m'ar-réter. Je traverſai pluſieurs cours remplies de gens armés,& je fus d'a-bord fort bien regu de Pitrachas, qui avoit pris le titre de Grand Man-darin. Après beaucoup de complimens ſur mon mérite& ſur Taffectiondes Siamois pour ma perſonne, il me demanda, par manieère de converſa-tion,„ſi j'Stois bien le mattre des Officiers& des Soldats que j'avois„ laiſſés à Bancok;& ſi aucun d'eux n'oſoit deſobéir à mes ordres?“ Je luirépondis, ſans penſer ou il en vouloit venir, que la diſcipline étoit fortexactement obſervée dans les Armées du Roi mon Mattre,& qu'il falloitque tous obéiſſent à la premiêre parole d'un Commandant:„Ah!l je ſuis„ bien aiſe de le ſçavoir, me repliqua-t'il; le Roi vous avoit envoye ordre„ de monter avec vos Troupes; pourquoi donc êtes vous venu ſeul avec„ vôtre fils?“ Cette demande, à laquelle je ne me ſerois jamais attendu,me ſfurprit moins que l'effronterie avec ſaquelle le premier Ambaſſadeurme ſoütint en face, qu’'il m'avoit ſollicité de monter avec toute ma gar-niſon. je vis bien que c'etoit un jeu joué,& je m'avois preſque plusd'eſpérance de me tirer d'un ſi mauvais pas.„ Eh bien! reprit le Man-„ darin, c'eſt un mal-entendu; il faut ſeulement que vous eécriviez ſur le„ champ, à tous vos Officiers& Soldats, de ſe rendre auprès de vous,„ puiſque vous m'aſſurez qu'aucun d'eux m'auroit garde de deſobéir’“. Jelui répondis, ſans m'émouvoir par lidée du danger où je me trouvois, queſi j'étois dans la Place, celà ſeroit vrai comme je l'avois dit; mais qu'unGouverneur hors de ſa garniſon, n'avoit plus de droit d'y commander,ſuivant nos coũtumes:& qu'avant que de ſortir de la mienne, j'avois a-verti le premier Ambaſſadeur de me déclarer, ſi le Roi avoit encore quelqueordre à m'y donner, afin de le faire exécuter d'abord, parce qu'aſſurémentM. de Verdeſale ne m'obéiroit pas dans mon abſence.

L'ABBE de Lionne, qui m'avoit accompagné, voyant le péril où nousétions, repréſenta au premier Ambaſſadeur, que tout étoit perdu ſi l'onme retenoit; que M. de Verdeſale, étoit homme à ne rien entendre,& àpouſſer les choſes aux dernières extrémités. Ce diſcours me parut faireimpreſſion ſur les Siamois. IIs crurent qu'il étoit plus à propos de merenvoyer, en retenant mes deux enfans, pour gages de la parole qu'ilsexigeoient de moi, que je ramenerois toutes les Troupes.

Ox me propoſa enſuite une expédition contre des ennemis imaginaires,dans laquelle j'aurois le commandement de toute l-Armée; mais pour s aſ-ſurer d'autant mieux de la victoire, il étoit néceſſaire que j'écriviſſe à M.de Bruan de me venir joindre avec ſes Troupes. S'il etoit aifé de voir à

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